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Côte d’Ivoire / Charles Blé Goudé sur France 24 : « J’ai l’ambition de diriger un jour mon pays »

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Charles Blé Goudé sur France 24, 05/06/2019

Charles Blé Goudé sur France 24 : « J’ai l’ambition de diriger un jour mon pays »

Invité de France 24, Charles Blé Goudé, l’ex-leader de la Galaxie patriotique a dévoilé son ambition de revenir en Côte d’Ivoire pour proposer son offre politique. Il a également enfin reconnu la victoire de Ouattara aux élections présidentielles de 2010.

Dans un entretien avec France 24, Charles Blé Goudé, l’ancien ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo, acquitté en première instance de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI), exprime son désir de rentrer en Côte d’Ivoire et d’y jouer un rôle politique en tant qu' »acteur principal ». Charles Blé Goudé, ancien ministre de Laurent Gbagbo, a accordé un entretien depuis La Haye à France 24. Il fait part de ses ambitions en Côte d’Ivoire sans pour autant se prononcer sur une éventuelle candidature à la présidentielle de 2020.

Charles Blé Goudé s’inquiète par ailleurs de la détérioration du climat politique en Côte d’Ivoire et craint que les violences qui ont émaillé les élections, entre 2010 et 2011, se reproduisent. Il appelle les dirigeants de son pays à se comporter en « hommes d’État » plutôt qu’en « politiciens ». Enfin, il nie être anti-français et se prononce en faveur du maintien de la présence française dans son pays sur la base d’un partenariat « gagnant-gagnant ».Charles Blé Goudé ne se prononce pas sur une possible candidature présidentielle en 2020, affirmant qu’il a le temps pour proposer une vraie alternative et œuvrer à la réconciliation. Mais il ne s’en « cache pas du tout » : « J’ai l’ambition de diriger un jour mon pays avec une équipe qui comprendra qu’il faut faire la politique autrement en Côte d’Ivoire », confie-t-il à notre journaliste Marc Perelman. Il appelle également au retour au pays de l’ex-président Laurent Gbagbo, lui aussi acquitté par la CPI.

Un extrait de l’interview:

Journaliste : Êtes vous parmi ceux qui pensent qu’Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et Henry Konan Bédié doivent passer le relais ?

Blé Goudé : Malheureusement ce n’est pas moi qui décide de cela, la Côte d’Ivoire a une loi électorale et je suis toujours attaché aux règles et aux lois. Le peuple décidera de qui conduire sa destinée. Il ne faut pas personnaliser le débat politique en Côte d’Ivoire et le polariser sur des personnes.

Journaliste : Je vais quand même le faire, je vais poser une question sur quelqu’un de votre génération. Est-ce qu’on peut considérer Soro Guillaume comme un leader potentiel, plus jeune ?

Blé Goudé : C’est un acteur potentiel en Côte d’Ivoire, qu’on l’aime ou pas, il fait partie des hommes politiques ivoiriens, Maintenant entre ce que l’homme politique veut et ce que la population est prête à accepter il y a un hiatus. On propose une offre politique, un projet de société et il revient à la population de décider. Mais on ne peut pas avoir des gens assis dans leur salon et qui vont décider de notre avenir parce qu’ils se sont octroyés la légitimité de ce qu’on doit penser, de ce qu’on doit dire et de ce qu’on doit faire. Ce n’est pas à moi de le dire. Il est un homme politique, c’est un fait. Maintenant est-ce que c’est un bon homme politique ? ,est-ce que c’est un homme politique que les Ivoiriens doivent prendre comme président ? C’est leur responsabilité.

Journaliste : Est-ce qu’Alassane Ouattara doit se représenter ?

Blé Goudé : Je vais vous répéter exactement la même chose. Alassane Ouattara voici bientôt 10 ans qu’il est au pouvoir. Les Ivoiriens l’ont vu agir. Ils l’ont observé dans sa gestion des libertés, sa gestion de l’économie, dans sa manière de concevoir la société ivoirienne. À la fin c’est à eux de décider s’ils veulent continuer avec lui ou non premièrement, deuxièmement que dit la loi ivoirienne ?

Moi je ne mène pas les combats de personne, je veux qu’un système change, que mon pays change, qu’on tire les leçons de ce qui nous est arrivés. J’ai eu beaucoup de temps pour faire le bilan, je ne veux plus recommencer les mêmes choses en polarisant les questions d’État sur les individus. Venons en aux projets, à l’offre politique, aux actions, à l’idéologie et à la vision de ces hommes d’Etat. Un homme d’État il bâtit dans le temps, il construit, il prépare pour les générations futures. Un politicien il prépare les élections futures. En Côte d’Ivoire, j’ai bien peur qu’on ait plus affaire aux hommes politiques et qu’on manque d’hommes d’État. Les Ivoiriens ont besoin d’être soignés, d’une éducation et ont besoin de ressentir la croissance dans leur assiette. C’est de cela qu’il s’agit. Les gens qui fuient la Côte d’Ivoire et qui traversent la méditerranée au prix de leur vie pour venir en Europe pour être ouvrier, Ils fuient la misère et le désespoir. C’est cela que ma génération veut changer.

Journaliste : Vous avez été accusé d’être anti-français, est-ce un mauvais procès qu’on vous fait ou admettez-vous l’avoir fait ? C’est quelque chose que vous regrettez ou que vous assumez ?

Blé Goudé : Je veux parler avec les autorités françaises des relations franco-ivoiriennes et de l’avenir de la Côte d’Ivoire. Ce n’est pas moi qui ai bâti nos relations historiques. Je veux qu’on ait des rapports gagnant gagnant, que la France tienne compte des intérêts français et ivoiriens en Côte d’Ivoire et un respect entre États. C’est tout ce que j’ai demandé et je ne crois pas que cela puisse être synonyme d’être anti-français.

L.Y

 

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Citoyenneté

Côte d’Ivoire: “Alassane Ouattara, le vrai père de l’Ivoirité ?” (Opinion)

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Son Excellence M. Alassane Ouattara, président de la République de Côte d'Ivoire

Côte d’Ivoire : “Alassane Ouattara, le vrai père de l’Ivoirité ?” (Opinion)

par Afrik Soir on 12 juin 2019

Pourquoi diantre je n’ai pas le droit de dire que je suis Ivoirien ?Pourquoi les autres ont le droit de m’appeler gnak au Sénégal mais je n’ai pas le droit de lui rappeler qu’il vient du Sénégal. Les autres peuvent traiter l’ivoirien de « grande gueule » mais lui n’a pas le droit d’énoncer un stéréotype concernant son pays.

Le faire ou l’insinuer fait de moi automatiquement un xénophobe. Ivoirien, à un moment, il faut se départir de ce faux complexe. Dieu m’a fait grâce de connaître d’autres pays et très récemment le pays du monde libre. Dans chacun de ces pays on me disait. « Toi à ta façon de faire et t’habiller tu ressemble à un ivoirien » je n’ai pas traité quelqu’un de xénophobe. J’étais d’ailleurs fier. 

A mes rayures les autres reconnaissaient que j’étais un tigre. Ma culture se lisait dans ma façon de faire. Mais il suffit que l’ivoirien disent Burkinabé, malien, sénégalais ou je ne sais quoi encore pour qu’on le traite de xénophobe.

 

pourquoi nous en sommes là aujourd’hui ? Nous en sommes là Parceque Alassane Ouattara a tellement instrumentalisé ce vocable. Il a tellement joué sur cette corde de l’ivoirité que l’ivoirien a honte de revendiquer sa préférence nationale. Le faire ce serait blesser les autres. En gros c’est un outrage.

 Ce venin du complexe d’être ivoirien Alassane Ouattara a su le placer habillement dans la matrice de nombreux ivoiriens notamment de deux groupes démographiques importants en Côte d’Ivoire : les musulmans et les ressortissants du nord. Qui ne se rappelle pas cette fameuse phrase? « On ne veut pas que je sois président, parce que je suis musulman et du nord »

 Avec cette simple phrase il s’est autoproclamé souffre-douleur d’un système. Moi, Daouda Coulibaly, né à Bouaké. Originaire d’Odienne plus précisément de Tieme, je ne me suis jamais senti concerné par ce vocable Ivoirité. Je ne me suis jamais senti persécuté. Je n’ai pas à justifier de ma nationalité. Je le suis un point. Un tigre, un vrai ne clame pas sa tigritude. Ça se voit à ses rayures. Dieu merci dans mes mots et mes accoutrements on sait déjà. Pourquoi devrais-je polémiquer. Pourquoi je dois me sentir concerné ?

 Hélas, c’est toujours nos parents du nord qui se sentent touchés par ces propos. A un moment, si vous vous sentez obligés de justifier de votre nationalité c’est que les gens ont peut-être raison.

 Il n’y a pas de honte à être ivoirien et à revendiquer sa préférence nationale. Où est donc le crime que certains fassent passer les nationaux avant les autres. Excusez moi, mais tout près de nous à Dakar, en tant qu’ivoiriens je paye plus que le sénégalais pour voir l’île de Gorée notre histoire commune. Si ce n’est pas de la préférence nationale c’est quoi?

 A un moment, il faut arrêter avec ce faux complexe sans nom que le président veut nous imposer. J’aime l’étranger mais je préfère ma nation.

 Daouda Coulibaly

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Internationale

La corruption des élites africaines: « Un cancer qui tue » les institutions et les peuples

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Ahmedou Ould Abdallah, ancien diplomate mauritanien.

La corruption des élites africaines: « Un cancer qui tue » les institutions et les peuples

La tragédie de l’Afrique, c’est la « scandaleuse impunité » qui protège ses élites, responsables du pillage systématique des ressources de leurs pays. L’ancien diplomate mauritanien Ahmedou Ould Abdallah accuse « ces oligarchies » qui ruinent le continent. Il s’est confié à franceinfo Afrique.

« La concentration du pouvoir et des richesses aux mains des élites est un mélange cancérigène devenu de plus en plus une marque dans nos pays. » C’est le constat amer d’Ahmedou Ould Abdallah. L’ancien chef de la diplomatie mauritanienne sait de quoi il parle. C’est un bon connaisseur du continent africain qu’il a sillonné pendant plusieurs années en tant que Secrétaire général adjoint de l’ONU.

« La corruption est un véritable cancer qui tue sur le continent africain. C’est vrai qu’il s’agit d’un phénomène international, mais il y a une énorme différence en Afrique. C’est l’impunité qui protège les élites corrompues », explique-t-il à franceinfo Afrique.

« Une escroquerie à grande échelle qui discrédite les Etats »

En plus de sa casquette de diplomate, Ahmedou Ould Abdallah est membre fondateur de Transparency International. Il siège encore aujourd’hui au sein de son conseil d’administration. Cette organisation non gouvernementale a pour vocation principale la lutte contre la corruption à travers le monde. Tous les rapports publiés ces dernières années font le même constat : les élites opèrent de véritables hold-up sur les ressources du pays. Ahmedou Ould Abdallah dénonce une escroquerie à grande échelle qui discrédite et tribalise les Etats.

« Un petit groupe, un petit clan contrôle l’économie d’un pays et se met au-dessus de la loi. Ce phénomène d’oligarchie se développe avec arrogance. Ces oligarchies ruinent nos pays et se drapent dans la souveraineté nationale pour ne pas rendre compte à leurs propres populations. Ce fléau explique certains sujets brûlants actuels comme les guerres civiles et l’immigration », observe Ahmedou Ould Abdallah. Et il tient à préciser qu’il ne parle pas ici de la corruption du petit douanier ou du petit policier au coin de la rue, qui n’est que le résultat de la grande corruption des élites dirigeantes jouissant d’une scandaleuse impunité.

Pour s’attaquer à la corruption, il faut une presse libre, une police libre et une justice indépendante. Aucune de ces trois conditions n’est remplie en Afrique. La justice est entre les mains d’un groupe oligarchique

Ahmedou Ould Abdallah, ancien chef de la diplomatie mauritanienne à franceinfo Afrique

Ahmedou Ould Abdallah est président du Centre pour la Stratégie et la Sécurité dans le Sahel Sahara (Centre4S) basé à Nouakchott, en Mauritanie.Ahmedou Ould Abdallah est président du Centre pour la Stratégie et la Sécurité dans le Sahel Sahara (Centre4S) basé à Nouakchott, en Mauritanie. (Photo AFP/ Yoshikazu Tsuno)

Ainsi, des dizaines de milliards de dollars s’évaporent chaque année sur le continent, sans que personne ne lève le petit doigt. « En Europe de l’Ouest, lorsque les dirigeants sont accusés de corruption, c’est la fin de leur carrière. Ça provoque immédiatement un scandale et les responsables se retrouvent derrière les barreaux. La tragédie dans nos pays, c’est l‘impunité et l’arrogance de ceux qui sont corrompus », se désole l’ancien haut fonctionnaire de l’ONU.

Et les multinationales dans tout ça ? Ne sont-t-elles pas complices de ce fléau qui pénalise les populations africaines ? Ahmed Ould Abdallah balaye l’argument qui veut qu’il n’y a pas de corruption sans corrupteur. « Mais pourquoi vous l’acceptez ? Pourquoi à Singapour on ne l’accepte pas ? Pourquoi on le refuse de plus en plus en Malaisie ? Si quelqu’un vous donne un million de dollars pour sauter du haut de la tour Eiffel, allez-vous le faire ? », interroge-t-il.

« La corruption justifie le terrorisme et le radicalisme »

Depuis Nouakchott, en Mauritanie, où il s’est installé, Ahmedou Ould Abdallah mène ses recherches sur les enjeux globaux de la paix et de la sécurité en Afrique. Pour lui, la corruption rampante des élites africaines constitue aujourd’hui la plus grande menace sur la paix et la sécurité qui justifie le terrorisme et le radicalisme dans la société africaine.

 « Il faut que cessent les pillages arrogants et systématiques de nos pays. Des contrats distribués en une journée, sans appels d’offres, qui se concluent par la cession de vastes concessions minières, pétrolières, agricoles et j’en passe. C’est une véritable tragédie. » 

La corruption ne disparaîtra pas d’un coup de baguette magique, reconnaît-il. C’est un combat de longue haleine, un combat de toute une vie, auquel tous les citoyens et la société civile africaine doivent être sensibilisés, explique-t-il à france info Afrique.

 

Franceinfo

 

 

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Politique

Côte d’Ivoire / Charles Blé Goudé : « Je marche la tête haute et j’ai les mains propres»

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Charles Blé Goudé

Côte d’Ivoire / Charles Blé Goudé :

« Je marche la tête haute et j’ai les mains propres»

Cinq mois après son acquittement, l’ancien leader des jeunes patriotes prépare son retour.

Depuis la Haye, il raconte la prison ses relations avec Laurent GBAGBO  ou Guillaume SORO, et ses nouvelles ambitions politiques.

Propos recueillis par Anna Sylvestre-treiner, envoyé à la Haye

 

Charles Blé Goudé n’aime plus mettre le nez dehors. L’ancien leader ivoirien qui électrisait les meetings, le charismatique « général de la rue »  qui mobilisait les jeunes évite la foule désormais. Six ans d‘enfermement, cela laisse des traces. Depuis son acquittement de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI) en janvier dernier, l’ex-ministre de la jeunesse et compagnon d’infortune de Laurent Gbagbo savoure sa victoire mais n’a toujours pas réussit à quitter les pays bas.

A quelques kilomètres seulement de la prison de SCHEVENINGEN, il vit dans la chambre d’un hôtel huppé et impersonnel, encadré par des agents de sécurité. Pas vraiment emprisonné, pas vraiment libre non plus, il lit, regarde des séries, se délecte des derniers titres de Zouglou et contemple un horizon souvent houché.

En attendant un éventuel  appel du procureur, les juges de la CPI ne lui ont accordé qu’une sortie sous condition. Charles Blé GOUDE  a interdiction d’évoquer son dossier. Pas un mot donc, donc, sur la crise postélectorale de 2010-2011, pas un mot sur son rôle précis dans une décennie de violences. Tout juste suggère-t-il qu’il a des « regrets » après des déclarations qui ont « traumatisé ».

Désormais blanchi, il ne veut plus entendre parler des jeunes patriotes et tente de se refaire une image et un nom. Costume bleu foncé, cravate ajustée, faconde intacte et regard perçant, à 47 ans, il promet qu’il faudra de nouveau compter avec lui. Lui qui rêve d’un avenir d’homme d’Etat n’a rien perdu de ses vieux réflexes : il change régulièrement de puce téléphonique, comme au temps de la clandestinité.

Ni tout à fait le même ni tout à fait un autre.

Jeune Afrique : lorsque le juge de la Cpi a annoncé que vous étiez acquitté, le 15 janvier dernier vous êtes resté stoïque.  A quoi pensez-vous ?

        Charles Blé Goudé : je me suis souvenu de tous ceux qui disaient qu’aller à la CPI  était un voyage sans retour. Moi, j’ai toujours eu confiance en la justice et, à cet instant, j’ai pensé que j’avais eu raison.

Pendant les cinq années que vous avez passées à Scheveningen, avez-vous eu des moments de désespoir ?

Je n’ai jamais eu peur car les faits parlaient pour moi. Mais je savais qu’il faudrait du temps pour que la vérité éclate. J’étais heureux que cela arrive enfin. Pour mes enfants,  à  je ne léguerai pas un nom ensanglanté. Pour mes partisans et pour la cote d’ivoire, qui savent désormais que leur fils n’est pas un criminel international. Je marche la tête haute et j’ai les mains propres.

Si tout ce qui vous était reproché était faux, comment expliquez-vous avoir été poursuivi pour crime contre l’humanité ?

C’est une question que j’ai toujours refusé de me poser, sinon j’aurais perdu le moral. C’était ma tournée.

Avez-vous des rancœurs ?

J’ai tout fait pour qu’on ne puisse pas se servir de la prison pour m’abattre moralement. J’en sors sans rancune et sans haine. Malheureusement, la plupart des grands hommes ont été dans un premier temps rejetés par leur époque, c’est avec le temps qu’ils ont été compris.

Comment occupiez-vous vos journées ?

La prison n’est pas un lieu de villégiature ! Moi, je n’y étais pas heureux. Mais pour paraphraser Nelson Mandela, la prison n’est pas seulement un lieu d’enfermement, c’est aussi un lieu d‘enseignement. Pendant toutes ces années, tenté de faire en sorte que  ce ne soit pas du temps perdu mais du temps gagné. Plutôt que m’apitoyer sur mon sort, j’en ai profité pour lire et me cultiver

Que lisiez-vous ?

La Bible. Je crains l’être suprême. J’ai lu aussi quelques essais politiques, et surtout mon dossier. Car le premier avocat de Charles Blé Goudé, c’était Charles Blé Goudé. Je veux être l’acteur principal de ma vie. Je suis comme les fleuves, j’aime faire mon propre lit.

Quelles étaient vos relations avec les autres prisonniers de la CPI ?

Derrière les barreaux, j’étais coiffeur, j’étais cuisinier. La prison m’appris deux choses : la patience et la solidarité. Laurent GBAGBO, Jean-Pierre Bemba, Bosco Ntaganda, Dominic Ogwen… Nous sommes une famille maintenant, nos liens sont sacrés. Pendant cinq ans, on a tout partagé, on mangeait et on jouait au ballon ensemble.

Vous jouiez à quel poste ?

J’ai toujours été attaquant !

Depuis votre libération, quelles sont vos relations avec l’ancien président Laurent GBAGBO ?

C’est mon papa. Ces années de prison nous ont encore rapprochés. Nous avions déjà traversé beaucoup d’épreuves ensemble. En 2000, il faisait face à Robert Guéi  je l’avais rejoint. En 2002, nous étions confrontés à une rébellion armée : j’étais à ses côtés. Et finalement à la CPI, dans ce trou sans fond, j’étais là. C’est cela, ma loyauté. Ce qui me lie à lui, c’est une cause, ce sont des valeurs, c’est un combat.

Estimez-vous être son héritier politique ?

Non, je veux être maitre de mon histoire. Laurent GBAGBO n’a été l’héritier de personne et je veux lui ressembler. C’est un homme qui, comme moi, est encore dans les liens de la détention alors qu’il a sacrifié sa vie pour la Côte d’Ivoire. Nous lui devons beaucoup, à commencer par la démocratie.

Et lui, souhaite-t-il que vous soyez son dauphin ?

Ceux qui pensent que Laurent Gbagbo va désigner un dauphin ne le connaissent pas. Beaucoup pensent savoir qui il est : ils prennent un café avec lui, ils rient avec lui – le président est très chaleureux – et ils disent : « C’est mon ami. »  Mais ils se trompent. Laurent GBAGBO aime ceux qui dessinent leur chemin, qui sont dans l’action, pas ceux qui prennent des routes déjà tracées.

Comment va-t-il ?

Je sais qu’il est en Belgique et qu’il va bien. Très bien même.

Vous appelle-t-il ?

On se parle quand c’est nécessaire. Pour le moment, ça ne l’est pas. Nous avons eu  tout le temps de nous parler en prison. Maintenant, il a besoin de se reposer et de se reposer et de se refaire une santé.

Quelles sont ses ambitions politiques ?

Il faut les lui demander. Sachez en tout cas que Laurent Gbagbo sait ce qu’il veut, ce qui est bon pour son pays et pour lui-même.

Son retour ne risque-t-il pas de créer des troubles ? C’est ce que certains craignent…

Je crois au contraire que Laurent Gbagbo peut encore apporter beaucoup à la Côte d’Ivoire.

Vous étiez considéré comme l’un des plus durs de son régime. Comprenez-vous ce que l’on vous reprochait ? Les discours violents, les slogans haineux ?

On ne eut jamais faire l’unanimité. Pour les uns, vous êtes un héros, pour les autres, vous êtes le diable. J’estime avoir fait ce qui est bon pour mon pays. Il y avait une incompréhension entre différents clans, c’est ce qui nous a menés à la guerre. Aujourd’hui, je tends la main à ceux qui ne m’ont pas compris hier.

Les discours contre les étrangers, et en particuliers les français, les regrettez-vous ?

J’attends toujours qu’on me montre les discours dans lesquels je suis anti-français et j’aurais demandé qu’on les chasse. Tout ça c’est de la propagande.

La prison vous a-t-elle changé ?

Elle change tous les hommes. Et puis j’ai pris de l’âge.

Vous vous êtes assagi ?

Non, je ne suis pas plus jeune, mais je n’ai pas dit que j’étais  sage.

En août votre parti, le congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (cojep) tiendra  son congrès. Espérez-vous  être de retour d’ici là ?

Le cojep aura 18 ans, c’est l’âge de la maturité. En août, nous allons évaluer notre parcours et dire qu’il faudra à nouveau compter avec Charles Blé Goude. N’oubliez pas qu’avant notre acquittement tout le monde nous vouais aux gémonies, Laurent Gbagbo et moi. Faites attention, en politique, on ne sait jamais ce qui eut se passer.

Referez-vous de la politique à votre retour en côte d’ivoire ?

On ne prend pas sa retraite à 47 ans tant que vous n’avez pas assisté aux obsèques d’un homme politique, ne le déclarez pas jamais fini.

Vous a-t-on enterré trop tôt ?

Beaucoup ont tenté de le faire. Mais je finirai par rentrer chez moi et je prendrai ma part. Je suis patient.

Pour faire de la politique, il faut de l’argent. Des câbles diplomatiques révélés par wikileaks disaient que vous étiez un « businessman prospère », propriétaire de bars, de stations-service.

Est-ce encore le cas ?

Ce ne sont que des mensonges ! Fouillez dans toutes les banques, vous ne trouverez rien ! Pendant la crise on m’a même annoncé que l’on gelait mes comptes à l’étranger, mais ils ont fini par lever ces sanctions car ces comptes n’ont jamais existé.

Rêvez-vous la présidence ?

Un jour j’aimerais diriger mon pays. Mais j’ai tout mon temps. Je sais que la Côte d’Ivoire m’attends.

Souhaitez-vous être candidat en 2020 ?

Ne réduisez pas la vie de la Côte d’Ivoire aux aiguilles d‘une montre que la Côte d’Ivoire … 2020, 2025 cela n’a pas d’importance.

Pendant la crise, vous aviez donné rendez-vous à Guillaume SORO pour la présidentielle 2015…

Laissez-moi d’abord sortir de la situation dans laquelle je suis.

Guillaume Soro est une vieille connaissance. Avant qu’il soit le chef de la rébellion que vous avez combattue, vous avez dirigé la Fesci (fédération estudiantine et scolaire de Côte d’ivoire) avec lui…

Nous étions à l’école ensemble et nous avons également milité côte à côte à la Fesci. C’est un passé que je ne renie pas. J’ai été son secrétaire national. Pendant deux ans et demi, lorsqu’il se déplaçait, je devais assurer sa sécurité. Ce n’est pas rien. Cela crée des liens sacrés. Je vais vous étonner : savez-vous qui m’a surnommé le « génie du kpô » ? C’est Guillaume Soro !  Puis nos routes ont divergé.

Pourraient-elle se recroiser ?

Celles d’Henri Konan Bédié et d’Alassane Ouattara ont bien fini par se recroiser, non ? Ils étaient pourtant de farouches adversaires.

Guillaume Soro vous a-t-il joint depuis votre libération ?

Je l’ai eu au téléphone il m’a félicité. Il m’a dit qu’il était très content  que je sois libéré.

Recevez-vous d’autres appels ?…De Hamed Bakayoko par exemple ?

Non mais s’il m’appelle je serai heureux de lui parler. Je n’ai aucune animosité envers lui.

Soro, Bakayoko, Blé goudé… c’est la nouvelle génération de politique ivoirienne ?

C’est une évidence ! Le temps viendra ou nous arriverons aux responsabilités.

Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié semblent se rapprocher. Est-ce une bonne chose ? Vous avez passé votre vie à combattre Bédié … sous sa présidence, vous êtes allé huit fois en prison.

Il ne faut pas aller trop vite en besogne. Des personnalités politiques qui hier, ne se comprenaient pas se sont rencontrées. Je m’en réjouis, mais il y a des alliances naturelles et d’autres qui sont contre-nature. Cela dit, je tends la main à tout le monde. Même à Alassane Ouattara.

Le chef de l’Etat n’exclut pas d’être candidat au troisième mandat. Il en a le droit depuis l’adoption de la nouvelle constitution, en 2016 qu’en pensez-vous ?

Le problème, ce n’est pas seulement de savoir ce qui est permis ou ce qui ne l’est pas. C’est une question d’éthique.

Craignez-vous de nouvelles tensions à l’approche du scrutin ?

Il faut que nous tirions les leçons de notre histoire. Nos jeunes n’ont jamais assisté à une passation de pouvoir pacifique : Bédié est parti lors d’un coup d’état, Guéi a été chassé par la rue, Gbagbo a été bombardé par la France. Je ne souhaite plus cela à mon pays. Arrêtons de réduire son avenir à nos ambitions personnelles. L’histoire ne nous le pardonnera pas. Je propose que l’on tienne un forum pour que Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié s’asseyent autour d’une table et discutent. Il y a des signaux inquiétants. Pour un rien, cela s’embrase : les municipales, les législatives, il y a eu des morts, les régionales … où est le problème ? Pendant des années, on disait que c’était Gbagbo et Blé Goudé. Mais lors des dernières élections nous étions en prison. Donc ce n’est pas nous.

 

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