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Soro Guillaume donne de ses Nouvelles de Kinshasa-la-Belle (1ère partie)

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Soro Guillaume: ex-président de l'assemblée nationale de Côte d'Ivoire.

L’ex-président de l’assemblée nationale de Côte d’Ivoire, et député de la circonscription de Ferkessédougou, donne de ses nouvelles depuis Kinshasa-la-Belle, où il séjourne actuellement.

Lisez l’intégralité ci-dessus:

“Ce dimanche depuis ma chambre, je contemple l’aurore, dans ce beau ciel de Kinshasa la belle, si admirablement évoquée dans une chanson de Francis Bebey. J’entends au loin les puissants bruissements du majestueux Fleuve Congo, unissant les capitales des deux Congo comme pour célébrer l’unité africaine.

Je me suis réveillé tôt. En effet, hier alors que je m’étais promis de sortir (c’est aussi l’avantage d’être un chômeur du moins libre des contraintes des fonctions régaliennes) faire la fête – et l’on me dit que ça «bringue » fort à Kin, comme on dit chez nous – je me suis endormi sans crier gare, épuisé que j’étais. Un vol éreintant d’Abidjan à Kinshasa en passant par Johannesburg a eu raison de moi. Sans répit, j’ai pris en cours de déroulement la cérémonie des obsèques de feu le père Tshisekedi. Pour dire la vérité (Par ces temps qui courent la vérité est plutôt rare) je n’ai pas connu l’homme Etienne Tshisekedi. Je ne l’ai jamais rencontré. Oui bien sûr, j’entendais scander son nom du fin fond de la savane du nord ivoirien. Des échos des radios nous parvenaient les noms de Lumumba, Kasavubu, Mobutu , Tshisekedi. Ensuite Tshisekedi et Kabila, tous ces noms je les connaissais. Mais Kinshasa était trop éloignée de Katiola pour que j’en sache grand’ chose.

Me voilà à Kinshasa en ce mois de Mai. Je ne pouvais être absent. Être présent était un devoir de la fraternité africaine et pour cause! Je ne suis pas venu faire de la politique à Kinshasa. Je suis venu répondre à l’appel de la fraternité, à l’amitié. Je voudrais vous conter en quelques mots mon arrivée ici.

Je suis accueilli à l’aéroport par le gouverneur de la ville de Kinshasa (14 millions d’habitants). Oh comment ? Le nouveau gouverneur M. Gentiny Ngobila Mbaka. Ce monsieur Ngobila est un ami. Un frère. Affable, je dirai même naturellement débonnaire. Nous nous sommes toujours voués une réciproque admiration. Gentiny Ngobila est un ami fidèle à Aubin Minaku, qui est aussi mon ami et frère. Gentiny a été d’un précieux soutien. Son engagement à me défendre et défendre ma cause a été toujours été univoque et sans la moindre équivoque, aux heures où certains se délectaient à l’idée de me jeter en pâture. Je me souviens que lors des affaires des écoutes téléphoniques du Burkina, N’gobila alors simple député n’avait pas hésité à donner une grosse interview pour dénoncer la cabale. Et je n’oublierai jamais qu’à cette époque dans son interview il disait : << Personne ne pourra contrarier le destin de GKS que Dieu lui a tracé >>.

J’étais loin de m’imaginer que 5 ans après, mon ami Ngobila serait au pied de l’avion pour m’accueillir en ses grades et qualités de Gouverneur de Kinshasa. Pour les niais qui ne savent pas ce que c’est qu’un gouverneur en République Démocratique du Congo, je reviendrai sur le sujet pour leur en toucher un mot. Pour l’heure, ne nous distrayons pas. Je tiens à dire merci au Gouverneur, mon ami personnel Gentiny Ngobila Mbaka. Son destin est un exploit ! Etre gouverneur de deux provinces, Sénateur. C’est un honneur qu’il m’a fait de venir m’accueillir, car avant moi, c’est le Vice-Président de l’Ouganda qu’il accueillait et que j’ai pu saluer dans le salon d’honneur Présidentiel. Ce à quoi je n’ai pas aujourd’hui droit dans mon propre pays la Côte d’Ivoire. Où sous le régime actuel, le salon d’honneur présidentiel est devenu quasiment un lieu fétichisé, un Saint-Graal auquel n’ont accès que certains privilégiés triés sur le volet de l’exception rare. Quand tu n’es pas RHDP, ne t’y aventure pas. Pauvre de nous!

Autrefois, ce fut de ce point de vue, bien meilleur. Du moins, du temps où Gbagbo était Président. Oui, j’en atteste : à cette époque le Premier Ministre que j’étais pouvait solliciter avec succès le Salon Présidentiel. Loin de moi l’idée de vouloir dédouaner Gbagbo de tout, mais la vérité est implacable. Gbagbo ne considérait pas le salon Présidentiel comme les Illuminati considèrent le Graal. Il le considérait comme un édifice au service de l’image de marque de la Côte d’Ivoire. Du moins, c’est que j’ai pu observer. Par contre, je me souviens encore de la différence. Premier Ministre d’Ado, on me fit bien dès les débuts savoir qu’il ne fallait pas se tromper de direction à l’Aéroport d’Abidjan. Je dus ravaler ma honte quelquefois pour recevoir certains de mes hôtes de marque au salon ministériel, alors que dans leur pays ils me recevaient avec faste et grandeur. Dans d’autres pays le salon Présidentiel est en même temps le salon où les ministres, les Présidents d’institutions et certaines personnalités reçoivent les invités du pays. Ils ne sont pas dans un culte ridicule de la personnalité qui veut actuellement que quand le PR a posé ses fesses sur un fauteuil du salon Présidentiel, un autre être humain( ô sacrilège !!), personne d’autre ne devrait s’en approcher, au risque d’être frappé par le courroux d’un pré carré obséquieux et fiévreusement idolâtre. Nous sommes en 2019 ; pas au temps de Louis XIV ! Qu’on s’entende bien. Pour moi, le Président de la République est un être humain ; ni demi-dieu, ni roi. Bref, fermons la digression.

Moi, simple député de Ferké, admis au Salon Présidentiel au Congo? C’est bel et bien ce qui s’est passé. Alors qu’à longueur de journée les fidèles parmi les fidèles du RHDP ont convaincu leur Chef qu’il fallait me dépouiller, me vouer, me dénuder, m’écraser, en m’arrachant les apparats du pouvoir et que vite, très vite, je me rendrais compte que je n’étais rien sans le poste de Président d’Assemblée Nationale qu’ils m’avaient si gracieusement et généreusement offert ! Et pourtant bien d’entre eux arpentaient patiemment les couloirs de mes bureaux et à Bouaké et à Abidjan. Ils en ont certainement honte aujourd’hui et pourtant, hier ils bénissaient le ciel de me connaître. Je ne citerai pas de noms. Mais je vais vous donner un topo. Regardez bien parmi eux. Regardez bien et vous ne vous y tromperez pas. L’enseignement de l’histoire est implacable.

Je dis bien de bien regarder : ceux parmi eux (RHDP) qui m’insultent ou qui m’insulteront le plus SONT ceux justement que j’ai sauvé de la clochardisation. Ils se comportent comme les convertis de la 25ème heure. Mal à propos, donnant toujours dans la démesure. IL s’agit en réalité de ceux des hauts cadres qui ont été mes ministres les plus soumis. Ils sont comme préformés par nature à la soumission. Avec cette donne qu’au fur et à mesure, ils continuent et deviennent de plus en plus soumis. Oui, ils ploient sous le joug de la soumission. Ils ont hélas convaincu le CHEF, le DEMI-DIEU qu’ils étaient propriétaires de la Côte d’Ivoire et peut-être du continent Africain tout entier. Oui, ils sont – dans leur logique – les chefs de l’Afrique. Ils ont l’argent et ils ont de grands diplômes. En somme, ils sont inattaquables. Il leur suffit d’un simple coup de fil comme celui qu’ils avaient donné au Président Sassou Nguesso, lui interdisant de me recevoir à Brazzaville pour qu’AUCUN chef d’Etat ne s’aventure à me recevoir, entendais-je dire ! La puissance du téléphone! La puissance des coups de fil! Comme tout récemment quand le Président Alpha CONDÉ est venu à Abidjan en visite d’Etat, on lui a interdit clairement de voir SORO Guillaume. Oui il y a une fatwa. Interdit de voir SORO. Que c’est bien ridicule. Pourtant je suis témoin d’autres temps et d’ autres décors. Il n’y avait pas de veto pour qu’un opposant soit reçu par d’autres chefs d’Etat. Certains même appelaient pour demander la conduite à tenir et c’était RAS. Hélas, nous sommes en 2019 : les ouailles d’aujourd’hui réunies autour de leur CHEF, au lieu de tenter l’apaisement et la retenue, sont plutôt en extase et très admiratifs du téléphone portable foudroyant du CHEF. C’est semble-t-il son sésame fétiche. Un seul coup de fil et tu es mort ou vivant. Les ouailles vantent les faits et les méfaits du téléphone du chef. A peine une des ouailles s’exclame que le téléphone du chef est trop puissant que les ouailles partent en éclats de voix, riant les gorges déployées et les moqueries et autres quolibets s’intensifient. Une ouaille que je connais particulièrement et que je ne nommerai point est toujours la dernière à s’étouffer de rigoler. Elle est tellement consciente du jeu qu’elle a ses cachets de sécurité, au cas où le rire dégénérait. Alors L’alcool coule bien sûr à flot, ou que dis-je safroulahi le gnamankoudji coule à flot parce qu’il faut bien dire que normalement, pour de bons musulmans, l’alcool est interdit. Le regain de piété ces temps-ci est visible dans certains milieux habituellement abonnés à la villégiature. Les lieux de culte semblent être soudain devenus pour certains des espaces de prestidigitation pour comédiens de la foi. On ne sait plus si on y va pour prier ou pour tourner des séries dignes des films hollywoodiens.

Revenons au récit de mon accueil. Me voilà donc en tout cas avec mon ami gouverneur, dont je suis fier à l’aéroport de Kinshasa. Pour me conduire à l’hôtel, ai-je cru un instant. Que non. J’entendais le bruit de motards et autres sirènes et je pensais qu’une délégation officielle nous rattrapait. Je fais donc signe au chauffeur de parquer de côté et laisser les grands patrons passer. Le chauffeur insiste :

– Non, ce sont les motards qu’on a prévus pour vous, Honorable.
– Ah bon, tous ces motards pour moi ?

Je suis songeur, un peu mélancolique.
⁃ Honorable, nous ici au Congo, on vous admire. Vous êtes un modèle pour nous, nous prions pour vous pour que vous soyez le prochain.

Je me garde bien de commenter. Mais le chauffeur est irrésistible et volubile. Je commence à rêvasser et je me dis que Si certains l’entendaient à Abidjan, ils l’étrangleraient…

Il y a longtemps que j’ai oublié tout ça dans mon pays. Mais je me soumets. On me fait ensuite savoir qu’une généreuse donatrice dont je ne peux révéler le nom m’a attribué une grosse villa dans un quartier huppé de Kinshasa. Cette dame a toujours eu de l’affection pour moi et a tenu à contribuer à sa façon à mon accueil. Je la remercie du fond du cœur et je remercie mon ami Okissi Richard, ami de toujours qui a fait la coordination et qui se chargera de faire lire ces quelques lignes à mon hôte. Ouf : installé comme un prince. On m’informe que je peux me rendre sur les lieux de la cérémonie. Sur la route pour le stade, que de ferveur dans les rues ! Le peuple de Kin est mobilisé pour réserver des funérailles dignes au héros national Étienne Tshisekedi. Je découvre les rues et larges avenues de Kinshasa. De ma vie, c’est la seconde fois que je séjourne à Kinshasa. La première fois en 2013 en tant que Président de l’Assemblée Nationale, à l’invitation de mon homologue et ami Aubin Minaku, qui m’avait réservé un séjour princier. Et cette fois-ci, où je suis venu sacrifier africamment à l’appel de la fraternité. Je vous disais que je ne connais pas le défunt! Mais je connais son fils Son Excellence le Président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi. Permettez-moi de vous en parler dans ma prochaine nouvelle.”

Bien à tous,
Guillaume Kigbafori SORO

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Citoyenneté

Côte d’Ivoire: “Alassane Ouattara, le vrai père de l’Ivoirité ?” (Opinion)

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Son Excellence M. Alassane Ouattara, président de la République de Côte d'Ivoire

Côte d’Ivoire : “Alassane Ouattara, le vrai père de l’Ivoirité ?” (Opinion)

par Afrik Soir on 12 juin 2019

Pourquoi diantre je n’ai pas le droit de dire que je suis Ivoirien ?Pourquoi les autres ont le droit de m’appeler gnak au Sénégal mais je n’ai pas le droit de lui rappeler qu’il vient du Sénégal. Les autres peuvent traiter l’ivoirien de « grande gueule » mais lui n’a pas le droit d’énoncer un stéréotype concernant son pays.

Le faire ou l’insinuer fait de moi automatiquement un xénophobe. Ivoirien, à un moment, il faut se départir de ce faux complexe. Dieu m’a fait grâce de connaître d’autres pays et très récemment le pays du monde libre. Dans chacun de ces pays on me disait. « Toi à ta façon de faire et t’habiller tu ressemble à un ivoirien » je n’ai pas traité quelqu’un de xénophobe. J’étais d’ailleurs fier. 

A mes rayures les autres reconnaissaient que j’étais un tigre. Ma culture se lisait dans ma façon de faire. Mais il suffit que l’ivoirien disent Burkinabé, malien, sénégalais ou je ne sais quoi encore pour qu’on le traite de xénophobe.

 

pourquoi nous en sommes là aujourd’hui ? Nous en sommes là Parceque Alassane Ouattara a tellement instrumentalisé ce vocable. Il a tellement joué sur cette corde de l’ivoirité que l’ivoirien a honte de revendiquer sa préférence nationale. Le faire ce serait blesser les autres. En gros c’est un outrage.

 Ce venin du complexe d’être ivoirien Alassane Ouattara a su le placer habillement dans la matrice de nombreux ivoiriens notamment de deux groupes démographiques importants en Côte d’Ivoire : les musulmans et les ressortissants du nord. Qui ne se rappelle pas cette fameuse phrase? « On ne veut pas que je sois président, parce que je suis musulman et du nord »

 Avec cette simple phrase il s’est autoproclamé souffre-douleur d’un système. Moi, Daouda Coulibaly, né à Bouaké. Originaire d’Odienne plus précisément de Tieme, je ne me suis jamais senti concerné par ce vocable Ivoirité. Je ne me suis jamais senti persécuté. Je n’ai pas à justifier de ma nationalité. Je le suis un point. Un tigre, un vrai ne clame pas sa tigritude. Ça se voit à ses rayures. Dieu merci dans mes mots et mes accoutrements on sait déjà. Pourquoi devrais-je polémiquer. Pourquoi je dois me sentir concerné ?

 Hélas, c’est toujours nos parents du nord qui se sentent touchés par ces propos. A un moment, si vous vous sentez obligés de justifier de votre nationalité c’est que les gens ont peut-être raison.

 Il n’y a pas de honte à être ivoirien et à revendiquer sa préférence nationale. Où est donc le crime que certains fassent passer les nationaux avant les autres. Excusez moi, mais tout près de nous à Dakar, en tant qu’ivoiriens je paye plus que le sénégalais pour voir l’île de Gorée notre histoire commune. Si ce n’est pas de la préférence nationale c’est quoi?

 A un moment, il faut arrêter avec ce faux complexe sans nom que le président veut nous imposer. J’aime l’étranger mais je préfère ma nation.

 Daouda Coulibaly

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Internationale

La corruption des élites africaines: « Un cancer qui tue » les institutions et les peuples

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Ahmedou Ould Abdallah, ancien diplomate mauritanien.

La corruption des élites africaines: « Un cancer qui tue » les institutions et les peuples

La tragédie de l’Afrique, c’est la « scandaleuse impunité » qui protège ses élites, responsables du pillage systématique des ressources de leurs pays. L’ancien diplomate mauritanien Ahmedou Ould Abdallah accuse « ces oligarchies » qui ruinent le continent. Il s’est confié à franceinfo Afrique.

« La concentration du pouvoir et des richesses aux mains des élites est un mélange cancérigène devenu de plus en plus une marque dans nos pays. » C’est le constat amer d’Ahmedou Ould Abdallah. L’ancien chef de la diplomatie mauritanienne sait de quoi il parle. C’est un bon connaisseur du continent africain qu’il a sillonné pendant plusieurs années en tant que Secrétaire général adjoint de l’ONU.

« La corruption est un véritable cancer qui tue sur le continent africain. C’est vrai qu’il s’agit d’un phénomène international, mais il y a une énorme différence en Afrique. C’est l’impunité qui protège les élites corrompues », explique-t-il à franceinfo Afrique.

« Une escroquerie à grande échelle qui discrédite les Etats »

En plus de sa casquette de diplomate, Ahmedou Ould Abdallah est membre fondateur de Transparency International. Il siège encore aujourd’hui au sein de son conseil d’administration. Cette organisation non gouvernementale a pour vocation principale la lutte contre la corruption à travers le monde. Tous les rapports publiés ces dernières années font le même constat : les élites opèrent de véritables hold-up sur les ressources du pays. Ahmedou Ould Abdallah dénonce une escroquerie à grande échelle qui discrédite et tribalise les Etats.

« Un petit groupe, un petit clan contrôle l’économie d’un pays et se met au-dessus de la loi. Ce phénomène d’oligarchie se développe avec arrogance. Ces oligarchies ruinent nos pays et se drapent dans la souveraineté nationale pour ne pas rendre compte à leurs propres populations. Ce fléau explique certains sujets brûlants actuels comme les guerres civiles et l’immigration », observe Ahmedou Ould Abdallah. Et il tient à préciser qu’il ne parle pas ici de la corruption du petit douanier ou du petit policier au coin de la rue, qui n’est que le résultat de la grande corruption des élites dirigeantes jouissant d’une scandaleuse impunité.

Pour s’attaquer à la corruption, il faut une presse libre, une police libre et une justice indépendante. Aucune de ces trois conditions n’est remplie en Afrique. La justice est entre les mains d’un groupe oligarchique

Ahmedou Ould Abdallah, ancien chef de la diplomatie mauritanienne à franceinfo Afrique

Ahmedou Ould Abdallah est président du Centre pour la Stratégie et la Sécurité dans le Sahel Sahara (Centre4S) basé à Nouakchott, en Mauritanie.Ahmedou Ould Abdallah est président du Centre pour la Stratégie et la Sécurité dans le Sahel Sahara (Centre4S) basé à Nouakchott, en Mauritanie. (Photo AFP/ Yoshikazu Tsuno)

Ainsi, des dizaines de milliards de dollars s’évaporent chaque année sur le continent, sans que personne ne lève le petit doigt. « En Europe de l’Ouest, lorsque les dirigeants sont accusés de corruption, c’est la fin de leur carrière. Ça provoque immédiatement un scandale et les responsables se retrouvent derrière les barreaux. La tragédie dans nos pays, c’est l‘impunité et l’arrogance de ceux qui sont corrompus », se désole l’ancien haut fonctionnaire de l’ONU.

Et les multinationales dans tout ça ? Ne sont-t-elles pas complices de ce fléau qui pénalise les populations africaines ? Ahmed Ould Abdallah balaye l’argument qui veut qu’il n’y a pas de corruption sans corrupteur. « Mais pourquoi vous l’acceptez ? Pourquoi à Singapour on ne l’accepte pas ? Pourquoi on le refuse de plus en plus en Malaisie ? Si quelqu’un vous donne un million de dollars pour sauter du haut de la tour Eiffel, allez-vous le faire ? », interroge-t-il.

« La corruption justifie le terrorisme et le radicalisme »

Depuis Nouakchott, en Mauritanie, où il s’est installé, Ahmedou Ould Abdallah mène ses recherches sur les enjeux globaux de la paix et de la sécurité en Afrique. Pour lui, la corruption rampante des élites africaines constitue aujourd’hui la plus grande menace sur la paix et la sécurité qui justifie le terrorisme et le radicalisme dans la société africaine.

 « Il faut que cessent les pillages arrogants et systématiques de nos pays. Des contrats distribués en une journée, sans appels d’offres, qui se concluent par la cession de vastes concessions minières, pétrolières, agricoles et j’en passe. C’est une véritable tragédie. » 

La corruption ne disparaîtra pas d’un coup de baguette magique, reconnaît-il. C’est un combat de longue haleine, un combat de toute une vie, auquel tous les citoyens et la société civile africaine doivent être sensibilisés, explique-t-il à france info Afrique.

 

Franceinfo

 

 

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Politique

Côte d’Ivoire / Charles Blé Goudé : « Je marche la tête haute et j’ai les mains propres»

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Charles Blé Goudé

Côte d’Ivoire / Charles Blé Goudé :

« Je marche la tête haute et j’ai les mains propres»

Cinq mois après son acquittement, l’ancien leader des jeunes patriotes prépare son retour.

Depuis la Haye, il raconte la prison ses relations avec Laurent GBAGBO  ou Guillaume SORO, et ses nouvelles ambitions politiques.

Propos recueillis par Anna Sylvestre-treiner, envoyé à la Haye

 

Charles Blé Goudé n’aime plus mettre le nez dehors. L’ancien leader ivoirien qui électrisait les meetings, le charismatique « général de la rue »  qui mobilisait les jeunes évite la foule désormais. Six ans d‘enfermement, cela laisse des traces. Depuis son acquittement de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI) en janvier dernier, l’ex-ministre de la jeunesse et compagnon d’infortune de Laurent Gbagbo savoure sa victoire mais n’a toujours pas réussit à quitter les pays bas.

A quelques kilomètres seulement de la prison de SCHEVENINGEN, il vit dans la chambre d’un hôtel huppé et impersonnel, encadré par des agents de sécurité. Pas vraiment emprisonné, pas vraiment libre non plus, il lit, regarde des séries, se délecte des derniers titres de Zouglou et contemple un horizon souvent houché.

En attendant un éventuel  appel du procureur, les juges de la CPI ne lui ont accordé qu’une sortie sous condition. Charles Blé GOUDE  a interdiction d’évoquer son dossier. Pas un mot donc, donc, sur la crise postélectorale de 2010-2011, pas un mot sur son rôle précis dans une décennie de violences. Tout juste suggère-t-il qu’il a des « regrets » après des déclarations qui ont « traumatisé ».

Désormais blanchi, il ne veut plus entendre parler des jeunes patriotes et tente de se refaire une image et un nom. Costume bleu foncé, cravate ajustée, faconde intacte et regard perçant, à 47 ans, il promet qu’il faudra de nouveau compter avec lui. Lui qui rêve d’un avenir d’homme d’Etat n’a rien perdu de ses vieux réflexes : il change régulièrement de puce téléphonique, comme au temps de la clandestinité.

Ni tout à fait le même ni tout à fait un autre.

Jeune Afrique : lorsque le juge de la Cpi a annoncé que vous étiez acquitté, le 15 janvier dernier vous êtes resté stoïque.  A quoi pensez-vous ?

        Charles Blé Goudé : je me suis souvenu de tous ceux qui disaient qu’aller à la CPI  était un voyage sans retour. Moi, j’ai toujours eu confiance en la justice et, à cet instant, j’ai pensé que j’avais eu raison.

Pendant les cinq années que vous avez passées à Scheveningen, avez-vous eu des moments de désespoir ?

Je n’ai jamais eu peur car les faits parlaient pour moi. Mais je savais qu’il faudrait du temps pour que la vérité éclate. J’étais heureux que cela arrive enfin. Pour mes enfants,  à  je ne léguerai pas un nom ensanglanté. Pour mes partisans et pour la cote d’ivoire, qui savent désormais que leur fils n’est pas un criminel international. Je marche la tête haute et j’ai les mains propres.

Si tout ce qui vous était reproché était faux, comment expliquez-vous avoir été poursuivi pour crime contre l’humanité ?

C’est une question que j’ai toujours refusé de me poser, sinon j’aurais perdu le moral. C’était ma tournée.

Avez-vous des rancœurs ?

J’ai tout fait pour qu’on ne puisse pas se servir de la prison pour m’abattre moralement. J’en sors sans rancune et sans haine. Malheureusement, la plupart des grands hommes ont été dans un premier temps rejetés par leur époque, c’est avec le temps qu’ils ont été compris.

Comment occupiez-vous vos journées ?

La prison n’est pas un lieu de villégiature ! Moi, je n’y étais pas heureux. Mais pour paraphraser Nelson Mandela, la prison n’est pas seulement un lieu d’enfermement, c’est aussi un lieu d‘enseignement. Pendant toutes ces années, tenté de faire en sorte que  ce ne soit pas du temps perdu mais du temps gagné. Plutôt que m’apitoyer sur mon sort, j’en ai profité pour lire et me cultiver

Que lisiez-vous ?

La Bible. Je crains l’être suprême. J’ai lu aussi quelques essais politiques, et surtout mon dossier. Car le premier avocat de Charles Blé Goudé, c’était Charles Blé Goudé. Je veux être l’acteur principal de ma vie. Je suis comme les fleuves, j’aime faire mon propre lit.

Quelles étaient vos relations avec les autres prisonniers de la CPI ?

Derrière les barreaux, j’étais coiffeur, j’étais cuisinier. La prison m’appris deux choses : la patience et la solidarité. Laurent GBAGBO, Jean-Pierre Bemba, Bosco Ntaganda, Dominic Ogwen… Nous sommes une famille maintenant, nos liens sont sacrés. Pendant cinq ans, on a tout partagé, on mangeait et on jouait au ballon ensemble.

Vous jouiez à quel poste ?

J’ai toujours été attaquant !

Depuis votre libération, quelles sont vos relations avec l’ancien président Laurent GBAGBO ?

C’est mon papa. Ces années de prison nous ont encore rapprochés. Nous avions déjà traversé beaucoup d’épreuves ensemble. En 2000, il faisait face à Robert Guéi  je l’avais rejoint. En 2002, nous étions confrontés à une rébellion armée : j’étais à ses côtés. Et finalement à la CPI, dans ce trou sans fond, j’étais là. C’est cela, ma loyauté. Ce qui me lie à lui, c’est une cause, ce sont des valeurs, c’est un combat.

Estimez-vous être son héritier politique ?

Non, je veux être maitre de mon histoire. Laurent GBAGBO n’a été l’héritier de personne et je veux lui ressembler. C’est un homme qui, comme moi, est encore dans les liens de la détention alors qu’il a sacrifié sa vie pour la Côte d’Ivoire. Nous lui devons beaucoup, à commencer par la démocratie.

Et lui, souhaite-t-il que vous soyez son dauphin ?

Ceux qui pensent que Laurent Gbagbo va désigner un dauphin ne le connaissent pas. Beaucoup pensent savoir qui il est : ils prennent un café avec lui, ils rient avec lui – le président est très chaleureux – et ils disent : « C’est mon ami. »  Mais ils se trompent. Laurent GBAGBO aime ceux qui dessinent leur chemin, qui sont dans l’action, pas ceux qui prennent des routes déjà tracées.

Comment va-t-il ?

Je sais qu’il est en Belgique et qu’il va bien. Très bien même.

Vous appelle-t-il ?

On se parle quand c’est nécessaire. Pour le moment, ça ne l’est pas. Nous avons eu  tout le temps de nous parler en prison. Maintenant, il a besoin de se reposer et de se reposer et de se refaire une santé.

Quelles sont ses ambitions politiques ?

Il faut les lui demander. Sachez en tout cas que Laurent Gbagbo sait ce qu’il veut, ce qui est bon pour son pays et pour lui-même.

Son retour ne risque-t-il pas de créer des troubles ? C’est ce que certains craignent…

Je crois au contraire que Laurent Gbagbo peut encore apporter beaucoup à la Côte d’Ivoire.

Vous étiez considéré comme l’un des plus durs de son régime. Comprenez-vous ce que l’on vous reprochait ? Les discours violents, les slogans haineux ?

On ne eut jamais faire l’unanimité. Pour les uns, vous êtes un héros, pour les autres, vous êtes le diable. J’estime avoir fait ce qui est bon pour mon pays. Il y avait une incompréhension entre différents clans, c’est ce qui nous a menés à la guerre. Aujourd’hui, je tends la main à ceux qui ne m’ont pas compris hier.

Les discours contre les étrangers, et en particuliers les français, les regrettez-vous ?

J’attends toujours qu’on me montre les discours dans lesquels je suis anti-français et j’aurais demandé qu’on les chasse. Tout ça c’est de la propagande.

La prison vous a-t-elle changé ?

Elle change tous les hommes. Et puis j’ai pris de l’âge.

Vous vous êtes assagi ?

Non, je ne suis pas plus jeune, mais je n’ai pas dit que j’étais  sage.

En août votre parti, le congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (cojep) tiendra  son congrès. Espérez-vous  être de retour d’ici là ?

Le cojep aura 18 ans, c’est l’âge de la maturité. En août, nous allons évaluer notre parcours et dire qu’il faudra à nouveau compter avec Charles Blé Goude. N’oubliez pas qu’avant notre acquittement tout le monde nous vouais aux gémonies, Laurent Gbagbo et moi. Faites attention, en politique, on ne sait jamais ce qui eut se passer.

Referez-vous de la politique à votre retour en côte d’ivoire ?

On ne prend pas sa retraite à 47 ans tant que vous n’avez pas assisté aux obsèques d’un homme politique, ne le déclarez pas jamais fini.

Vous a-t-on enterré trop tôt ?

Beaucoup ont tenté de le faire. Mais je finirai par rentrer chez moi et je prendrai ma part. Je suis patient.

Pour faire de la politique, il faut de l’argent. Des câbles diplomatiques révélés par wikileaks disaient que vous étiez un « businessman prospère », propriétaire de bars, de stations-service.

Est-ce encore le cas ?

Ce ne sont que des mensonges ! Fouillez dans toutes les banques, vous ne trouverez rien ! Pendant la crise on m’a même annoncé que l’on gelait mes comptes à l’étranger, mais ils ont fini par lever ces sanctions car ces comptes n’ont jamais existé.

Rêvez-vous la présidence ?

Un jour j’aimerais diriger mon pays. Mais j’ai tout mon temps. Je sais que la Côte d’Ivoire m’attends.

Souhaitez-vous être candidat en 2020 ?

Ne réduisez pas la vie de la Côte d’Ivoire aux aiguilles d‘une montre que la Côte d’Ivoire … 2020, 2025 cela n’a pas d’importance.

Pendant la crise, vous aviez donné rendez-vous à Guillaume SORO pour la présidentielle 2015…

Laissez-moi d’abord sortir de la situation dans laquelle je suis.

Guillaume Soro est une vieille connaissance. Avant qu’il soit le chef de la rébellion que vous avez combattue, vous avez dirigé la Fesci (fédération estudiantine et scolaire de Côte d’ivoire) avec lui…

Nous étions à l’école ensemble et nous avons également milité côte à côte à la Fesci. C’est un passé que je ne renie pas. J’ai été son secrétaire national. Pendant deux ans et demi, lorsqu’il se déplaçait, je devais assurer sa sécurité. Ce n’est pas rien. Cela crée des liens sacrés. Je vais vous étonner : savez-vous qui m’a surnommé le « génie du kpô » ? C’est Guillaume Soro !  Puis nos routes ont divergé.

Pourraient-elle se recroiser ?

Celles d’Henri Konan Bédié et d’Alassane Ouattara ont bien fini par se recroiser, non ? Ils étaient pourtant de farouches adversaires.

Guillaume Soro vous a-t-il joint depuis votre libération ?

Je l’ai eu au téléphone il m’a félicité. Il m’a dit qu’il était très content  que je sois libéré.

Recevez-vous d’autres appels ?…De Hamed Bakayoko par exemple ?

Non mais s’il m’appelle je serai heureux de lui parler. Je n’ai aucune animosité envers lui.

Soro, Bakayoko, Blé goudé… c’est la nouvelle génération de politique ivoirienne ?

C’est une évidence ! Le temps viendra ou nous arriverons aux responsabilités.

Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié semblent se rapprocher. Est-ce une bonne chose ? Vous avez passé votre vie à combattre Bédié … sous sa présidence, vous êtes allé huit fois en prison.

Il ne faut pas aller trop vite en besogne. Des personnalités politiques qui hier, ne se comprenaient pas se sont rencontrées. Je m’en réjouis, mais il y a des alliances naturelles et d’autres qui sont contre-nature. Cela dit, je tends la main à tout le monde. Même à Alassane Ouattara.

Le chef de l’Etat n’exclut pas d’être candidat au troisième mandat. Il en a le droit depuis l’adoption de la nouvelle constitution, en 2016 qu’en pensez-vous ?

Le problème, ce n’est pas seulement de savoir ce qui est permis ou ce qui ne l’est pas. C’est une question d’éthique.

Craignez-vous de nouvelles tensions à l’approche du scrutin ?

Il faut que nous tirions les leçons de notre histoire. Nos jeunes n’ont jamais assisté à une passation de pouvoir pacifique : Bédié est parti lors d’un coup d’état, Guéi a été chassé par la rue, Gbagbo a été bombardé par la France. Je ne souhaite plus cela à mon pays. Arrêtons de réduire son avenir à nos ambitions personnelles. L’histoire ne nous le pardonnera pas. Je propose que l’on tienne un forum pour que Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié s’asseyent autour d’une table et discutent. Il y a des signaux inquiétants. Pour un rien, cela s’embrase : les municipales, les législatives, il y a eu des morts, les régionales … où est le problème ? Pendant des années, on disait que c’était Gbagbo et Blé Goudé. Mais lors des dernières élections nous étions en prison. Donc ce n’est pas nous.

 

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