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Le RHDP répond à Mgr Marcellin Yao Kouadio

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Gilbert Kafana Koné, président du Directoire du RHDP, Conseiller du Chef de l´État Ivoirien

Le Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) le parti au pouvoir en Côte d´Ivoire, n´est pas resté longtemps sans réponse suite aux propos du Clergé Catholique ivoirien. Ci-dessous l´intégralité de la déclaration du parti du Chef de l´Etat Alassane Ouattara.

Déclaration Du Rhdp Suite Aux Propos De Mgr Marcellin Yao Kouadio, Evêque Du Diocèse De Daloa Dans Son Homélie à la 123ieme Assemblée Plénière De La Conférence Des Evêques Catholiques De Côte D’ivoire.

Réunis en Assemblée plénière du 31 mai au 04 juin 2023, dans le Diocèse d’Agboville, la Conférence des Évêques Catholiques de Côte d’Ivoire (CECCI) a servi de tribune à l’Episcopat de notre pays pour passer en revue, entre autres, diverses questions touchant à l’environnement socio-politique et économique international et national.
Le RHDP voudrait féliciter la Conférence pour la hauteur de ses assises qui contribuent fortement auprès de nos concitoyens, à montrer la parfaite interaction entre les leaders religieux et la communauté. Il remercie la Conférence pour toutes les réflexions menées, ainsi que pour les prières élevées à la Gloire de Dieu, afin que la Côte d’Ivoire, notre beau pays, demeure un havre de paix et un creuset de valeurs morales au niveau social et politique.
En témoigne le communiqué final officiel de la 123ième CECCI, qui en « appelle à des élections inclusives, paisibles et libres, transparentes, crédibles et acceptées par tous ».
Le RHDP, en tant que force politique interpellée par la Conférence au même titre que tous les autres partis, voudrait lui donner l’assurance de sa parfaite adhésion à son appel et son attachement à promouvoir tant en situation de précampagne que tout au long de l’exercice du pouvoir, les idéaux de paix, d’inclusion et de justice qui caractérisent sa ligne politique incarnée par un homme de vision, de grande probité et de droiture, SEM le Président Alassane Dramane OUATTARA.
Au cours de ces assises des Evêques catholiques marquées par le renouvellement des instances de la Conférence, Son Excellence MGR Marcellin Yao KOUADIO, Evêque du Diocèse de Daloa a été élu par ses pairs comme Président de la Conférence pour les trois prochaines années.
Le RHDP félicite le nouveau Président pour son élection et lui souhaite un plein succès dans l’administration de ses charges.
Le RHDP note cependant, qu’il a plu à MGR Marcellin Yao KOUADIO, dans son Homélie de la 123ième conférence, de porter un regard sur le monde, sur l’Afrique et la Côte d’Ivoire, dans la perspective, dit-il, du Salut intégral.
Le RHDP note que les propos de MGR Marcellin Yao KOUADIO, bien qu’inscrits dans cette perspective d’un regard critique pour contribuer à l’amélioration du cadre de vie auquel nous aspirons tous, se sont malheureusement rivés à un esprit de critique sous l’angle exclusif de la déconstruction des efforts du Gouvernement pour garantir à notre pays un environnement propice au bonheur et à la prospérité de ses concitoyens.
Fort heureusement les thématiques abordées dans son intervention dont le chapitre du diagnostic est établi sous l’angle le plus sombre, constituent des chantiers sur lesquels depuis son avènement à la tête du pays, le Président de la République travaille, avec efficacité, abnégation et une grande sérénité. Les résultats sont là, tangibles, visibles, ressentis au quotidien des ivoiriens contrairement aux déclarations de l’Homme de Dieu.
Toutes les questions citées : Gouvernance, Transparence, Justice, Jeunesse, mœurs sociales, pauvreté, production agricole, sécurité, dialogue, paix et cohésion sociale ont fait l’objet depuis toutes ces dernières années, d’évolutions si importantes, si matérielles et si visibles.
A l’évidence, les lignes ont bougé, à telle enseigne que la description invoquée par MGR Marcellin Yao KOUADIO, relève manifestement d’un anachronisme, c’est-à-dire un diagnostic avec une confusion de nature à attribuer à une époque, ce qui appartient à une autre.
Certes, la liberté d’expression laisse le libre choix à tous et à chacun de traduire une appréciation sur la vie de la nation, et en la matière, les guides religieux sont appelés à jouer un rôle prépondérant.
Mais le jeu démocratique est aussi un principe essentiel et c’est face à la nation, face à ses institutions, notamment face au Parlement qui représente le peuple, en ses chambres basses et hautes, que le Gouvernement travaille à dérouler, en toute transparence et devant l’opinion, ses actions pour améliorer le quotidien des ivoiriens et Dieu sait combien elles sont légions.
Le Gouvernement ne travaille pas en cachette. Le Gouvernement sous la houlette du Président de la République, ne construit pas un monde dont les mutations sont invisibles, virtuelles ou tributaires de viles promesses. Cela est d’un âge bien révolu en Côte d’Ivoire. Le Gouvernement est au travail et au cœur de la satisfaction concrète des attentes des ivoiriens.
L’histoire récente retiendra que la Côte d’Ivoire, sous le magistère du Président Alassane Ouattara, est régie par le gouvernement le plus volontariste et le plus près des préoccupations des ivoiriens depuis l’ère du Président Houphouët-Boigny.
Malgré un contexte régional et international actuel difficile, notre pays reste une terre de progrès et de solidarité. Pour preuve.
Sur la gouvernance.

Depuis 2012, le Président Ouattara a instruit le gouvernement de travailler résolument et inlassablement à assainir le cadre de la gestion des affaires publiques. Le dispositif institutionnel et opérationnel de bonne gouvernance a été considérablement renforcé.
À côté de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance créée en 2013 déjà pour prévenir et lutter contre la corruption et les infractions assimilées, Le Chef de l’État a initié en 2020 un Pôle Pénal Économique et Financier. Cette institution est une juridiction à part entière avec des missions étendues à la répression d’infractions complexes comme le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et d’infractions financières graves et complexes en cohérence avec les engagements internationaux pris par la Côte d’Ivoire.
Ce dispositif produit des résultats tangibles, visibles et inscrits dans de bien nombreux rapports nationaux et internationaux sur la gouvernance en Côte d’Ivoire. Dans ce sens, le dernier Rapport d’Évaluation Pays du Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs de l’Union Africaine relève les progrès accomplis par notre pays en matière de bonne gouvernance.
La transparence et la justice. Le Président de la République a radicalement changé le paysage des Institutions de la République depuis son accession au pouvoir en 2011. Le Pouvoir exécutif a été profondément remanié pour faire face aux défis de la reconstruction post-crise. Nous avons un gouvernement en veille permanente mais aussi dans l’action immédiate au service des populations. Le Pouvoir législatif sous Ouattara est désormais composé de deux Chambres pour une évaluation et un contrôle efficace des politiques publiques. Concernant l’Institution judiciaire, un Plan Opérationnel de Réformes des Systèmes judiciaires et Pénitentiaires est en application pour renforcer l’indépendance de la justice et rapprocher davantage la justice du justiciable.
Le développement et le progrès partagés. Le RHDP note que la principale menace sur la marche de notre pays reste le risque d’une inflation généralisée qui impacte le monde entier et réduit ainsi le pouvoir d’achat des populations, notamment celui des populations ivoiriennes.
Le Président de la République a fait clairement le choix d’être aux côtés de ses concitoyens en prenant les mesures les plus fortes pour endiguer la baisse du pouvoir d’achat : Les prix des produits de première nécessité ont été temporairement plafonnés ; les revenus des fonctionnaires, des forces de défense et de sécurité, des travailleurs du secteur privé, des paysans et des retraités ont connu une revalorisation significative.
Pour partager les acquis de la croissance et changer le visage de nos villes et de nos campagnes, Le Président de la République a lancé depuis 10 ans de grands projets structurants. La plupart de ces nouvelles infrastructures, bien visibles au demeurant et qui seront achevés en 2023, visent à consolider le rôle moteur du Grand Abidjan et à faire de nos villes secondaires de grands pôles de développement.
Les infrastructures sociales de base occupent une place particulière dans la vision du Chef de l’État : L’eau potable, l’électricité, les écoles et les centres de santé sont à la portée de près de 75% des populations ivoiriennes. L’accès de nos concitoyens aux services sociaux de base s’accélère avec la deuxième phase du Programme Social du Gouvernement.
Les perspectives économiques et la jeunesse. Les chiffres sont têtus. Les perspectives économiques de notre pays demeurent bonnes avec un taux de croissance économique projeté moyen d’environ 7% par an entre 2023 et 2025. La réforme structurelle de notre économie par la hausse de la transformation de nos produits locaux soutient bien la croissance économique.
Et Le Président de la République a installé notre jeunesse au cœur de sa vision de développement. L’année 2023 est décrétée année spéciale de la jeunesse. La formation des jeunes, le cadre sain de leur épanouissement à travers les universités, les instituts de formation professionnelle et les centres de service civique ainsi que leur employabilité sont au cœur des priorités du Chef de l’État.
La Paix et la stabilité nationale. Il est évident que tout progrès social, tout développement ne peut reposer que sur la paix et la stabilité de nos institutions. Le Président de la République a demandé au gouvernement d’initier et de faire vivre un dialogue social permanent avec le secteur privé et les partenaires sociaux. Ce qui contribue à un apaisement permanent du climat social.
Au plan politique, la cinquième phase du Dialogue Politique, mis en œuvre par le Gouvernement, a notablement contribué à renforcer l’unité nationale, à consolider le vivre ensemble, à créer un cadre politique inclusif et à apaiser les rapports entre les partis. Notre cadre démocratique se normalise progressivement.

Ainsi se présente la Côte d’Ivoire que Le Président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, construit patiemment, inlassablement, inexorablement.

Toutes ces avancées ne sont possibles que grâce à la paix, la stabilité et la sécurité que connait la Côte d’Ivoire depuis maintenant plus de 10 ans sous Le Président Ouattara.
C’est pourquoi le RHDP exhorte toutes les forces vives à continuer à travailler à la préservation de notre modèle de développement en puisant dans nos valeurs nationales de fraternité, de tolérance, de réserve et de dialogue.

Face à tout cela, le RHDP voudrait dénoncer toute forme de manipulation de l’opinion de nature à fragiliser le climat social et à jeter le discrédit sur les efforts de construction qui sont consentis sous le leadership du Président de la République.
Il s’insurge contre toutes formes d’allégations de nature à vouer au mépris les bonds qualitatifs réalisés en matière de développement grâce aux efforts conjugués de tous les fils et filles de Côte d’Ivoire qui ont compris aujourd’hui, plus que jamais, la nécessité de se mettre au travail, de sortir de la belligérance, d’utiliser le bon ton et des éléments de langage qui raffermissent la cohésion sociale et permettent de s’affranchir autant des cris que des chapelles de la discorde.

Cette année 2023 est une année électorale.
Le RHDP appelle tous les leaders d’opinion, notamment la classe politique, les chefs traditionnels et les leaders religieux à la responsabilité pour démontrer, à nouveau, la maturité de notre modèle démocratique et social.

Fait à Abidjan le 10 juin 2023

Pour le Directoire du RHDP

Le Président

Gilbert Koné Kafana

 

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Education

[NOTRE SÉRIE : ELLES ONT RÉSISTÉ] Épisode 2 — Sarraounia Mangou La reine-prêtresse qui barra la route à la colonne Voulet-Chanoine

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Sarraounia Mangou La reine-prêtresse qui barra la route à la colonne Voulet-Chanoine

Lougou, 1899.

Une colonne armée avance à travers l’actuel Niger.

À sa tête, deux officiers français : Paul Voulet et Julien Chanoine.

Leur objectif est de rejoindre le lac Tchad et de participer à la jonction des possessions françaises d’Afrique occidentale et d’Afrique centrale.

Mais leur marche laisse derrière elle des villages attaqués, des populations tuées et une réputation de terreur.

Puis la colonne arrive aux portes d’un territoire qui refuse de s’effacer devant elle.

Lougou.

Ici, le pouvoir spirituel porte depuis des générations un titre : Saraounia.

Et celle qui l’incarne alors s’appelle Mangou.

Elle aurait pu abandonner son territoire.

Elle choisit de résister.

Avant Mangou, il y avait les Saraounia

Pour comprendre Sarraounia Mangou, il faut d’abord entrer dans l’histoire de Lougou telle qu’elle est transmise par les populations de l’Arewa.

Car Sarraounia n’est pas simplement un prénom. C’est un titre.

La tradition de Lougou raconte une très ancienne lignée de souveraines. Selon cette mémoire, la première Saraounia était la fille unique du roi de Daoura, l’un des anciens centres du monde haoussa. Écartée du trône par ses oncles paternels, elle quitta Daoura et, après plusieurs étapes, vint s’établir à Lougou.

De cette histoire naît une institution qui traversera les générations.

La tradition parle de quinze Saraounia ayant régné à Lougou. Parmi les noms transmis figurent Yarkasa, Dafada, Gouzouri, Lalma, Dafaya, Annaou…

Puis vient Mangou.

La Saraounia n’est pas seulement une autorité politique.

Elle est aussi reine-prêtresse et guide spirituelle de sa communauté. Cette articulation entre pouvoir féminin et pouvoir religieux constitue l’un des traits majeurs de la culture traditionnelle de l’Arewa.

Et au cœur de cette institution se trouve une pierre.

Tunguma, la pierre de vérité et de justice

Elle s’appelle Tunguma.

Selon la tradition, c’est cette pierre sacrée qui guida la première Saraounia depuis Daoura jusqu’à Lougou.

Elle est associée à la justice, à la vérité et à la vie spirituelle de la communauté.

Et elle n’appartient pas seulement au passé.

L’UNESCO relève que Tunguma continue d’occuper une place dans les pratiques traditionnelles de Lougou. Le site rassemble également les lieux de cultes azna, le cimetière des reines Saraounia et la demeure de la Saraounia.

La transmission du pouvoir elle-même est entourée d’un rituel remarquable.

À la mort d’une Saraounia, les femmes susceptibles de lui succéder sont réunies. Selon la tradition rapportée à l’UNESCO, le corps de la souveraine défunte participe rituellement à la désignation de sa successeure ainsi qu’à celle de l’emplacement de sa propre tombe.

C’est donc à la tête d’une institution politique, religieuse et culturelle profondément enracinée que se trouve Mangou lorsque survient, en 1899, la colonne française.

1899 : la colonne arrive

Voulet et Chanoine ne commandent pas uniquement quelques officiers européens.

Comme beaucoup de forces de conquête coloniale, leur colonne comprend également de nombreux soldats africains recrutés dans des territoires déjà placés sous domination française. Elle possède surtout un avantage déterminant face aux combattants de Lougou : des armes à feu et un canon.

Face à eux, les guerriers appelés à défendre Lougou disposent notamment d’arcs et de flèches.

Le rapport de forces paraît écrasant.

Mais Mangou refuse de se soumettre.

La mémoire de l’Arewa conserve ainsi le souvenir des combattants rassemblés par la Saraounia pour défendre Lougou contre la progression de la colonne.

La bataille commence.

Lougou brûle

Les combattants de Lougou affrontent la colonne.

Ils ne disposent ni de son artillerie ni de sa puissance de feu.

Le combat est inégal.

Les armes françaises finissent par ouvrir la voie.

Lougou est incendié.

Sa population est dispersée.

Mais la prise du village n’efface pas ce qui vient de se produire : une autorité africaine a refusé le passage et opposé une résistance armée à l’avancée coloniale.

Plus d’un siècle plus tard, le lieu de cette confrontation existe toujours.

L’UNESCO identifie à Lougou le site de la bataille contre la colonne Voulet-Chanoine et indique que le terrain conserve des ossements humains ainsi que des emplacements marqués par des pierres.

Le paysage est devenu archive.

Mais à Lougou, l’histoire ne s’est pas seulement conservée dans le sol.

Elle s’est conservée dans la parole.

Quand la parole devient mémoire

Pendant des générations, l’histoire de Sarraounia Mangou a été racontée.

Dans les familles.

Dans les récits.

Dans les chants.

Dans la mémoire de l’Arewa.

C’est une dimension fondamentale de son histoire.

Car dans de nombreuses sociétés africaines, la transmission du passé n’a jamais reposé exclusivement sur l’écriture. La parole, les récits généalogiques, les chants, les cérémonies et les lieux sacrés participent eux aussi à la conservation de la mémoire collective.

Sarraounia est ainsi devenue une héroïne majeure de la littérature orale nigérienne, liée aux récits fondateurs de Lougou. Sa mémoire a ensuite circulé dans l’école, la radio, la télévision, les chants et les représentations culturelles.

Ainsi, bien avant que son histoire ne devienne un roman ou un film, Lougou se souvenait déjà de sa Saraounia.

Puis vint Abdoulaye Mamani

En 1980, l’écrivain nigérien Abdoulaye Mamani publie Sarraounia.

Il ne part pas de rien.

Son œuvre puise notamment dans les récits oraux de la région de Lougou, auxquels viennent s’ajouter des matériaux écrits et une démarche littéraire et politique propre à l’auteur.

Mangou quitte alors davantage encore la mémoire locale pour entrer dans l’imaginaire panafricain.

Puis vient le cinéma.

En 1986, le réalisateur mauritanien Med Hondo adapte le roman.

À l’écran, Sarraounia devient cette reine africaine qui refuse de courber l’échine devant la conquête.

Le récit voyage.

Du Niger à l’Afrique.

De l’Afrique au monde.

Mais son point de départ reste le même :

Lougou.

Ils avaient le canon. Lougou avait sa mémoire.

Militairement, la colonne française poursuit sa route.

Mais l’histoire réserve un étrange retournement à ses chefs.

La mission Voulet-Chanoine devient bientôt un scandale jusque dans l’appareil colonial français en raison des violences commises pendant son parcours.

Une mission est envoyée pour reprendre le contrôle de la colonne.

Voulet refuse d’obéir.

La confrontation éclate.

Et quelques semaines après avoir traversé Lougou, Voulet et Chanoine meurent à leur tour, victimes de la désagrégation de leur propre expédition.

La colonne poursuit son chemin sous un autre commandement.

Sarraounia, elle, entre dans la mémoire.

Plus d’un siècle après, Lougou n’a pas oublié

Il existe aujourd’hui quelque chose de particulièrement puissant dans cette histoire.

On peut encore se rendre à Lougou.

On y trouve Tunguma.

Le cimetière des Saraounia.

Les lieux de culte azna.

Le champ de bataille de 1899.

Et l’institution de la Saraounia a traversé les générations.

En 2005, les femmes de l’Arewa se sont même mobilisées autour de Lougou pour défendre ce patrimoine. Quelques années auparavant, des femmes avaient entrepris une marche de 333 kilomètres de Lougou à Niamey afin d’alerter sur la sauvegarde du site et de manifester leur volonté de préserver cet héritage.

La résistance de Mangou n’appartient donc pas seulement à 1899.

Elle est devenue une mémoire transmise.

Une référence.

Un symbole.

Pourquoi raconter Sarraounia Mangou aujourd’hui ?

Parce que son histoire nous oblige à regarder la conquête coloniale autrement.

Les puissances européennes n’avançaient pas dans des territoires sans histoire, sans organisation politique, sans spiritualité et sans conception de la souveraineté.

À Lougou existait une institution ancienne.

Une autorité.

Une mémoire.

Une culture.

Et cette autorité était incarnée par une femme.

Sarraounia Mangou.

Face au canon, elle opposa la résistance de son peuple.

Face à l’incendie de Lougou, les générations suivantes opposèrent la mémoire.

Face au temps, la tradition orale conserva son nom.

C’est peut-être là sa plus grande victoire.

Plus d’un siècle après le passage de Voulet et Chanoine, nous prononçons encore le nom de la femme qui leur barra la route.

Sarraounia Mangou.

Parce qu’elle a résisté.

Notre série : ELLES ONT RÉSISTÉ
Une héroïne. Une histoire. Chaque semaine.

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Citoyenneté

[Notre Série] Elles ont résisté – Épisode 1: Ndaté Yalla Mbodj, la reine qui refusa de céder le Waalo

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Héroïnes africaines de la résistance - [Épisode 1] : Ndaté Yalla Mbodj, la reine qui refusa de céder le Waalo

Sénégal, février 1855.

Depuis Saint-Louis, une colonne militaire française se met en marche vers le royaume du Waalo.

À sa tête : Louis Faidherbe, gouverneur du Sénégal.

Son objectif dépasse désormais le commerce. La France veut imposer son autorité sur ce territoire stratégique situé autour du bas fleuve Sénégal.

Mais sur sa route se trouve une souveraine qui, depuis plusieurs années, refuse de reconnaître aux Français le droit de décider à sa place.

Son nom est Ndaté Yalla Mbodj.

Elle sait que l’adversaire dispose d’une puissance militaire supérieure.

Elle sait aussi ce qu’une défaite peut signifier.

Pourtant, elle refuse de céder.

Car derrière cette confrontation se pose une question d’une étonnante modernité :

Qui a le droit de décider de ce qui se passe sur une terre : ceux qui y règnent ou une puissance étrangère qui estime y avoir des intérêts ?

Avant la colonie, il y avait un royaume

Pour comprendre Ndaté Yalla, il faut d’abord oublier un instant les cartes coloniales qui ont façonné notre représentation de l’Afrique.

Le Sénégal tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existe pas encore.

Dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest coexistent plusieurs États et royaumes, parmi lesquels le Cayor, le Djolof, le Fouta et le Waalo.

Le Waalo occupe une position particulièrement stratégique : il contrôle une partie de la région située autour du fleuve Sénégal, à proximité immédiate de Saint-Louis, où la France est implantée.

Cette proximité nourrit le commerce.

Mais progressivement, elle nourrit aussi les ambitions françaises.

Ndaté Yalla appartient à la dynastie dirigeante du Waalo. Après la mort de sa sœur aînée, Ndieumbeutt Mbodj, elle lui succède et est officiellement intronisée à Nder, capitale du royaume, en octobre 1846.

Elle porte le titre de Linguère.

Mais il ne faut pas imaginer une reine simplement cérémonielle.

Ndaté Yalla intervient dans les affaires politiques, territoriales et commerciales de son royaume.

Et les Français vont rapidement le découvrir.

1847 : l’affaire des bœufs

L’un des premiers affrontements documentés pourrait presque sembler banal.

Une affaire de bétail.

Des commerçants soninkés acheminent des bœufs vers Saint-Louis. Les autorités françaises contestent les prélèvements et droits imposés par le Waalo sur leur passage.

Pour les Français, il s’agit notamment de garantir la circulation commerciale vers Saint-Louis.

Pour Ndaté Yalla, le problème est tout autre.

Les marchandises traversent son royaume.

Elle considère donc que les règles applicables sur ce territoire relèvent de son autorité.

Le différend prend une telle importance que la reine répond directement au gouverneur français.

Dans une lettre du 18 juin 1847 conservée aux Archives nationales du Sénégal, elle rappelle en substance un principe simple : Saint-Louis relève du gouverneur français, les autres royaumes ont leurs souverains, et le Waalo possède lui aussi son autorité politique.

Ce n’est pas seulement une querelle commerciale.

C’est une affirmation de souveraineté.

« Cette terre m’appartient »

Les tensions ne disparaissent pas.

Au contraire.

Les Français cherchent à consolider leur présence autour du fleuve. Des terres deviennent à leur tour sources de conflit.

En 1851, Ndaté Yalla proteste notamment contre l’installation française sur des territoires qu’elle considère appartenir au Waalo.

Dans ses correspondances avec l’administration de Saint-Louis, elle revendique son autorité sur l’île de Boyo et conteste l’occupation de terres sans son consentement.

La logique de son argument est constante :

commercer avec le Waalo ne signifie pas gouverner le Waalo.

Pendant plusieurs années, elle utilise ainsi la diplomatie, les lettres, les pressions économiques et l’autorité politique pour tenter de contenir l’expansion française.

Mais en 1854, un homme arrive à la tête de l’administration française du Sénégal.

Louis Faidherbe.

Avec lui, la confrontation change de dimension.

1855 : la diplomatie cède la place aux armes

Faidherbe veut renforcer la domination française dans la région.

Le Waalo, situé aux portes de Saint-Louis et dirigé par une souveraine refusant les prétentions françaises, constitue un obstacle.

En février 1855, les forces françaises pénètrent dans le royaume.

La guerre est désormais ouverte.

Le 25 février, sur la plaine de Dioubouldou, les forces du Waalo et leurs alliés affrontent la colonne française.

L’écart technologique et militaire pèse lourd.

Les forces de Ndaté Yalla sont battues.

Les Français avancent ensuite jusqu’à Nder.

La capitale du Waalo est prise et incendiée, ainsi que plusieurs villages.

La conquête militaire vient de réaliser ce que plusieurs années de pressions politiques n’avaient pas obtenu.

Le Waalo perd son indépendance.

Une défaite militaire, pas une soumission

C’est ici que l’histoire de Ndaté Yalla prend toute sa force.

Elle n’a pas gagné la guerre.

Mais la résistance ne se mesure pas uniquement au résultat final d’une bataille.

Pendant près d’une décennie de règne, elle a contesté l’idée selon laquelle la présence commerciale française donnait à la France un droit politique sur son territoire.

Elle a négocié.

Elle a protesté.

Elle a revendiqué ses frontières.

Elle a défendu ses prérogatives.

Et lorsque la confrontation militaire est devenue inévitable, elle a résisté.

Après la défaite, Ndaté Yalla quitte le Waalo et trouve refuge au Cayor.

Elle meurt en 1860.

Mais l’histoire ne s’arrête pas complètement avec elle.

Son fils, Sidya Ndaté Yalla Diop, deviendra à son tour une figure de la résistance à la domination française.

Pourquoi raconter Ndaté Yalla aujourd’hui ?

Parce que son histoire bouscule une représentation encore tenace de la colonisation africaine.

Celle d’une Afrique qui aurait simplement été découverte, administrée puis colonisée par des puissances européennes.

Lorsque les Français avancent vers le Waalo, ils ne pénètrent pas dans un vide politique.

Ils entrent dans un royaume.

Ce royaume possède ses institutions, ses règles, ses autorités et ses intérêts.

Et à sa tête se trouve une femme capable d’écrire au représentant d’une puissance européenne pour lui rappeler une chose fondamentale :

vous avez votre territoire ; nous avons le nôtre.

Ndaté Yalla n’était pas seulement une femme courageuse opposée à une armée étrangère.

Elle était une souveraine défendant la souveraineté de son État.

Elle fut vaincue militairement.

Mais près de deux siècles plus tard, son combat nous rappelle que la conquête coloniale de l’Afrique ne fut ni naturelle, ni consentie, ni accomplie sans résistance.

Et c’est peut-être cela que l’Histoire a trop souvent laissé dans l’ombre.

« Héroïnes africaines de la résistance est une série consacrée aux femmes d’Afrique et de sa diaspora dont les combats contre l’esclavage, la traite et la domination coloniale ont été oubliés, minimisés ou insuffisamment racontés. »

Une héroïne. Une histoire. Chaque semaine.

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Internationale

ZOA: Média panafricain ou paris-africain?

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ZOA: Média panafricain ou paris-africain?

La France ne se lasse jamais de vouloir parler au nom de l’Afrique. Après avoir perdu du terrain politique et diplomatique, et face au rejet croissant de ses médias traditionnels comme RFI et France 24, voici qu’elle revient avec un nouvel outil de communication : ZOA, un média qu’elle ose qualifier de « panafricain, par et pour les jeunes Africains ».

Cette initiative, loin d’être anodine, révèle trois réalités : l’illégitimité, la condescendance et les incohérences de la démarche française.

Une appropriation illégitime du panafricanisme

Le terme panafricain n’est pas une étiquette marketing. C’est un combat, une idéologie née dans la douleur des luttes contre l’esclavage, la colonisation et le néocolonialisme. Il a porté les voix de Nkrumah, Sankara, Lumumba, Kadhafi et de tant d’autres figures qui ont rêvé d’une Afrique unie et souveraine.

Que la France, ancienne puissance coloniale, ose aujourd’hui brandir ce mot pour vendre son projet ZOA est une provocation historique. Car n’est-ce pas cette même France qui, en 2011, a été l’un des acteurs majeurs de la chute et de l’assassinat de Mouammar Kadhafi, dont les ambitions panafricaines effrayaient l’Occident ?

Comment peut-elle, après avoir contribué à détruire l’un des projets d’unité africaine les plus concrets de notre époque, prétendre aujourd’hui défendre un média « panafricain » ?

La condescendance éternelle

ZOA illustre une fois de plus le réflexe paternaliste français : dicter à l’Afrique ce qu’elle doit penser, comment elle doit s’informer et à travers quels canaux elle doit s’exprimer.

Présenter ZOA comme un média « par les jeunes Africains » quand il est financé et piloté en arrière-plan par l’État français est une insulte à l’intelligence de cette jeunesse africaine qui réclame avant tout autonomie et souveraineté.

Cette démarche trahit une profonde condescendance : celle d’un pays qui se croit encore indispensable à l’Afrique, alors même que les peuples africains réclament haut et fort de parler pour eux-mêmes.

Une stratégie désespérée face à la perte de crédibilité

En réalité, ZOA n’est qu’un pansement sur une hémorragie. Face au discrédit total de France 24 et RFI, accusés d’être des relais de propagande française et bannis dans plusieurs pays africains, Paris tente une opération de camouflage.

Changer le nom, cibler les jeunes et jouer la carte du numérique n’effacera pas la vérité : il s’agit toujours d’un instrument d’influence, d’un prolongement de la diplomatie française.

ZOA ne cherche pas à renforcer le panafricanisme, mais à le vider de son sens, à en proposer une version édulcorée et inoffensive pour neutraliser le véritable mouvement panafricaniste qui gagne du terrain partout sur le continent.

Un sabotage maquillé en innovation

ZOA n’est pas un média panafricain. C’est une tentative de sabotage idéologique, une manœuvre désespérée pour détourner la jeunesse africaine de ses vraies luttes.

Le panafricanisme ne se décrète pas depuis Paris. Il ne se construit pas avec l’argent ni les intentions d’un État qui a toujours défendu ses intérêts au détriment de l’Afrique.

La jeunesse africaine n’a pas besoin de ZOA. Elle a besoin de ses propres voix, ses propres plateformes et sa propre narration, indépendante de toute tutelle coloniale ou néocoloniale.

En un mot, ZOA n’est pas la voix des Africains, c’est l écho d’une françafrique agonisante qui refuse de mourir.

Herve Christ

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