Restons en contact

Politique

Côte d´Ivoire/Dialogue politique : Les réactions du PDCI, EDS et FPI

Publié

activé

Le dialogue a repris lundi à Abidjan entre le pouvoir ivoirien et l’opposition en vue de mettre en œuvre les recommandations de la CEDEAO relatives à la Commission électorale indépendante (CEI), en prélude aux législatives.

A la sortie de cette rencontre, voici quelques réactions des opposants.

Le Professeur Niamkey Koffi (PDCI)

« L’ouverture du dialogue politique a suscité en nous beaucoup d’espoir puisque le discours tenu a été un discours d’apaisement, un discours qui appelle à la confiance, un discours qui appelle également à œuvrer ensemble pour que la paix revienne dans notre pays. C’est un discours également qui a donné le gage que le Gouvernement sous sa volonté de faire en sorte que les préoccupations que l’opposition a toujours exprimées puissent trouver un examen heureux et une issue heureuse. C’est une rencontre que nous apprécions et nous pensons pouvoir tirer le meilleur profit de ce cadre que vient de définir le gouvernement « .

Professeur Armand Ouégnin (EDS)

« A l’instar de ce que monsieur Niamké a dit pour le PDCI. Je salue cette rencontre, cette rencontre pour nous, notre présence témoigne de notre volonté d’être toujours dans le cadre du dialogue inclusif franc et sincère. Vous savez, en tant que président de EDS ayant pour référent politique, le Président Laurent Gbagbo, il nous a toujours enseigné « asseyons-nous et discutons ». Nous sommes venus dans cet esprit pour nous asseoir et discuter et je pense qu’en discutant on peut régler tous les problèmes. Je pense que là- dessus on est clair et le gouvernement nous a donné l’assurance qu’on peut régler tous les problèmes et je crois que nous allons observer et nous allons travailler à cela parce qu’il y va de l’avenir de notre pays. Je pense que tous les problèmes pourront être réglés et nous nous en tenons à cela ».

Christine Konan (FPI)

« Nous sommes d’accord que le dialogue commence aujourd’hui, parce que par devoir de cohérence, nous avons toujours voulu, le dialogue et au moment où les gens ne voulaient pas dialoguer nous avons toujours dialogué ce n’est pas aujourd’hui que nous allons refuser le dialogue. Et le Premier ministre a fait une très bonne annonce, à savoir que nous allons reprendre, il est très ouvert. Nous voulons au niveau du Front populaire ivoirien et de l’AFD le remercier et remercier aussi le Président de la République »

Autres Presses

Comments

comments

Education

[NOTRE SÉRIE : ELLES ONT RÉSISTÉ] Épisode 2 — Sarraounia Mangou La reine-prêtresse qui barra la route à la colonne Voulet-Chanoine

Publié

activé

Sarraounia Mangou La reine-prêtresse qui barra la route à la colonne Voulet-Chanoine

Lougou, 1899.

Une colonne armée avance à travers l’actuel Niger.

À sa tête, deux officiers français : Paul Voulet et Julien Chanoine.

Leur objectif est de rejoindre le lac Tchad et de participer à la jonction des possessions françaises d’Afrique occidentale et d’Afrique centrale.

Mais leur marche laisse derrière elle des villages attaqués, des populations tuées et une réputation de terreur.

Puis la colonne arrive aux portes d’un territoire qui refuse de s’effacer devant elle.

Lougou.

Ici, le pouvoir spirituel porte depuis des générations un titre : Saraounia.

Et celle qui l’incarne alors s’appelle Mangou.

Elle aurait pu abandonner son territoire.

Elle choisit de résister.

Avant Mangou, il y avait les Saraounia

Pour comprendre Sarraounia Mangou, il faut d’abord entrer dans l’histoire de Lougou telle qu’elle est transmise par les populations de l’Arewa.

Car Sarraounia n’est pas simplement un prénom. C’est un titre.

La tradition de Lougou raconte une très ancienne lignée de souveraines. Selon cette mémoire, la première Saraounia était la fille unique du roi de Daoura, l’un des anciens centres du monde haoussa. Écartée du trône par ses oncles paternels, elle quitta Daoura et, après plusieurs étapes, vint s’établir à Lougou.

De cette histoire naît une institution qui traversera les générations.

La tradition parle de quinze Saraounia ayant régné à Lougou. Parmi les noms transmis figurent Yarkasa, Dafada, Gouzouri, Lalma, Dafaya, Annaou…

Puis vient Mangou.

La Saraounia n’est pas seulement une autorité politique.

Elle est aussi reine-prêtresse et guide spirituelle de sa communauté. Cette articulation entre pouvoir féminin et pouvoir religieux constitue l’un des traits majeurs de la culture traditionnelle de l’Arewa.

Et au cœur de cette institution se trouve une pierre.

Tunguma, la pierre de vérité et de justice

Elle s’appelle Tunguma.

Selon la tradition, c’est cette pierre sacrée qui guida la première Saraounia depuis Daoura jusqu’à Lougou.

Elle est associée à la justice, à la vérité et à la vie spirituelle de la communauté.

Et elle n’appartient pas seulement au passé.

L’UNESCO relève que Tunguma continue d’occuper une place dans les pratiques traditionnelles de Lougou. Le site rassemble également les lieux de cultes azna, le cimetière des reines Saraounia et la demeure de la Saraounia.

La transmission du pouvoir elle-même est entourée d’un rituel remarquable.

À la mort d’une Saraounia, les femmes susceptibles de lui succéder sont réunies. Selon la tradition rapportée à l’UNESCO, le corps de la souveraine défunte participe rituellement à la désignation de sa successeure ainsi qu’à celle de l’emplacement de sa propre tombe.

C’est donc à la tête d’une institution politique, religieuse et culturelle profondément enracinée que se trouve Mangou lorsque survient, en 1899, la colonne française.

1899 : la colonne arrive

Voulet et Chanoine ne commandent pas uniquement quelques officiers européens.

Comme beaucoup de forces de conquête coloniale, leur colonne comprend également de nombreux soldats africains recrutés dans des territoires déjà placés sous domination française. Elle possède surtout un avantage déterminant face aux combattants de Lougou : des armes à feu et un canon.

Face à eux, les guerriers appelés à défendre Lougou disposent notamment d’arcs et de flèches.

Le rapport de forces paraît écrasant.

Mais Mangou refuse de se soumettre.

La mémoire de l’Arewa conserve ainsi le souvenir des combattants rassemblés par la Saraounia pour défendre Lougou contre la progression de la colonne.

La bataille commence.

Lougou brûle

Les combattants de Lougou affrontent la colonne.

Ils ne disposent ni de son artillerie ni de sa puissance de feu.

Le combat est inégal.

Les armes françaises finissent par ouvrir la voie.

Lougou est incendié.

Sa population est dispersée.

Mais la prise du village n’efface pas ce qui vient de se produire : une autorité africaine a refusé le passage et opposé une résistance armée à l’avancée coloniale.

Plus d’un siècle plus tard, le lieu de cette confrontation existe toujours.

L’UNESCO identifie à Lougou le site de la bataille contre la colonne Voulet-Chanoine et indique que le terrain conserve des ossements humains ainsi que des emplacements marqués par des pierres.

Le paysage est devenu archive.

Mais à Lougou, l’histoire ne s’est pas seulement conservée dans le sol.

Elle s’est conservée dans la parole.

Quand la parole devient mémoire

Pendant des générations, l’histoire de Sarraounia Mangou a été racontée.

Dans les familles.

Dans les récits.

Dans les chants.

Dans la mémoire de l’Arewa.

C’est une dimension fondamentale de son histoire.

Car dans de nombreuses sociétés africaines, la transmission du passé n’a jamais reposé exclusivement sur l’écriture. La parole, les récits généalogiques, les chants, les cérémonies et les lieux sacrés participent eux aussi à la conservation de la mémoire collective.

Sarraounia est ainsi devenue une héroïne majeure de la littérature orale nigérienne, liée aux récits fondateurs de Lougou. Sa mémoire a ensuite circulé dans l’école, la radio, la télévision, les chants et les représentations culturelles.

Ainsi, bien avant que son histoire ne devienne un roman ou un film, Lougou se souvenait déjà de sa Saraounia.

Puis vint Abdoulaye Mamani

En 1980, l’écrivain nigérien Abdoulaye Mamani publie Sarraounia.

Il ne part pas de rien.

Son œuvre puise notamment dans les récits oraux de la région de Lougou, auxquels viennent s’ajouter des matériaux écrits et une démarche littéraire et politique propre à l’auteur.

Mangou quitte alors davantage encore la mémoire locale pour entrer dans l’imaginaire panafricain.

Puis vient le cinéma.

En 1986, le réalisateur mauritanien Med Hondo adapte le roman.

À l’écran, Sarraounia devient cette reine africaine qui refuse de courber l’échine devant la conquête.

Le récit voyage.

Du Niger à l’Afrique.

De l’Afrique au monde.

Mais son point de départ reste le même :

Lougou.

Ils avaient le canon. Lougou avait sa mémoire.

Militairement, la colonne française poursuit sa route.

Mais l’histoire réserve un étrange retournement à ses chefs.

La mission Voulet-Chanoine devient bientôt un scandale jusque dans l’appareil colonial français en raison des violences commises pendant son parcours.

Une mission est envoyée pour reprendre le contrôle de la colonne.

Voulet refuse d’obéir.

La confrontation éclate.

Et quelques semaines après avoir traversé Lougou, Voulet et Chanoine meurent à leur tour, victimes de la désagrégation de leur propre expédition.

La colonne poursuit son chemin sous un autre commandement.

Sarraounia, elle, entre dans la mémoire.

Plus d’un siècle après, Lougou n’a pas oublié

Il existe aujourd’hui quelque chose de particulièrement puissant dans cette histoire.

On peut encore se rendre à Lougou.

On y trouve Tunguma.

Le cimetière des Saraounia.

Les lieux de culte azna.

Le champ de bataille de 1899.

Et l’institution de la Saraounia a traversé les générations.

En 2005, les femmes de l’Arewa se sont même mobilisées autour de Lougou pour défendre ce patrimoine. Quelques années auparavant, des femmes avaient entrepris une marche de 333 kilomètres de Lougou à Niamey afin d’alerter sur la sauvegarde du site et de manifester leur volonté de préserver cet héritage.

La résistance de Mangou n’appartient donc pas seulement à 1899.

Elle est devenue une mémoire transmise.

Une référence.

Un symbole.

Pourquoi raconter Sarraounia Mangou aujourd’hui ?

Parce que son histoire nous oblige à regarder la conquête coloniale autrement.

Les puissances européennes n’avançaient pas dans des territoires sans histoire, sans organisation politique, sans spiritualité et sans conception de la souveraineté.

À Lougou existait une institution ancienne.

Une autorité.

Une mémoire.

Une culture.

Et cette autorité était incarnée par une femme.

Sarraounia Mangou.

Face au canon, elle opposa la résistance de son peuple.

Face à l’incendie de Lougou, les générations suivantes opposèrent la mémoire.

Face au temps, la tradition orale conserva son nom.

C’est peut-être là sa plus grande victoire.

Plus d’un siècle après le passage de Voulet et Chanoine, nous prononçons encore le nom de la femme qui leur barra la route.

Sarraounia Mangou.

Parce qu’elle a résisté.

Notre série : ELLES ONT RÉSISTÉ
Une héroïne. Une histoire. Chaque semaine.

Leadernewsci — Informer pour former

Comments

comments

Continuer la lecture

Citoyenneté

[Notre Série] Elles ont résisté – Épisode 1: Ndaté Yalla Mbodj, la reine qui refusa de céder le Waalo

Publié

activé

Héroïnes africaines de la résistance - [Épisode 1] : Ndaté Yalla Mbodj, la reine qui refusa de céder le Waalo

Sénégal, février 1855.

Depuis Saint-Louis, une colonne militaire française se met en marche vers le royaume du Waalo.

À sa tête : Louis Faidherbe, gouverneur du Sénégal.

Son objectif dépasse désormais le commerce. La France veut imposer son autorité sur ce territoire stratégique situé autour du bas fleuve Sénégal.

Mais sur sa route se trouve une souveraine qui, depuis plusieurs années, refuse de reconnaître aux Français le droit de décider à sa place.

Son nom est Ndaté Yalla Mbodj.

Elle sait que l’adversaire dispose d’une puissance militaire supérieure.

Elle sait aussi ce qu’une défaite peut signifier.

Pourtant, elle refuse de céder.

Car derrière cette confrontation se pose une question d’une étonnante modernité :

Qui a le droit de décider de ce qui se passe sur une terre : ceux qui y règnent ou une puissance étrangère qui estime y avoir des intérêts ?

Avant la colonie, il y avait un royaume

Pour comprendre Ndaté Yalla, il faut d’abord oublier un instant les cartes coloniales qui ont façonné notre représentation de l’Afrique.

Le Sénégal tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existe pas encore.

Dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest coexistent plusieurs États et royaumes, parmi lesquels le Cayor, le Djolof, le Fouta et le Waalo.

Le Waalo occupe une position particulièrement stratégique : il contrôle une partie de la région située autour du fleuve Sénégal, à proximité immédiate de Saint-Louis, où la France est implantée.

Cette proximité nourrit le commerce.

Mais progressivement, elle nourrit aussi les ambitions françaises.

Ndaté Yalla appartient à la dynastie dirigeante du Waalo. Après la mort de sa sœur aînée, Ndieumbeutt Mbodj, elle lui succède et est officiellement intronisée à Nder, capitale du royaume, en octobre 1846.

Elle porte le titre de Linguère.

Mais il ne faut pas imaginer une reine simplement cérémonielle.

Ndaté Yalla intervient dans les affaires politiques, territoriales et commerciales de son royaume.

Et les Français vont rapidement le découvrir.

1847 : l’affaire des bœufs

L’un des premiers affrontements documentés pourrait presque sembler banal.

Une affaire de bétail.

Des commerçants soninkés acheminent des bœufs vers Saint-Louis. Les autorités françaises contestent les prélèvements et droits imposés par le Waalo sur leur passage.

Pour les Français, il s’agit notamment de garantir la circulation commerciale vers Saint-Louis.

Pour Ndaté Yalla, le problème est tout autre.

Les marchandises traversent son royaume.

Elle considère donc que les règles applicables sur ce territoire relèvent de son autorité.

Le différend prend une telle importance que la reine répond directement au gouverneur français.

Dans une lettre du 18 juin 1847 conservée aux Archives nationales du Sénégal, elle rappelle en substance un principe simple : Saint-Louis relève du gouverneur français, les autres royaumes ont leurs souverains, et le Waalo possède lui aussi son autorité politique.

Ce n’est pas seulement une querelle commerciale.

C’est une affirmation de souveraineté.

« Cette terre m’appartient »

Les tensions ne disparaissent pas.

Au contraire.

Les Français cherchent à consolider leur présence autour du fleuve. Des terres deviennent à leur tour sources de conflit.

En 1851, Ndaté Yalla proteste notamment contre l’installation française sur des territoires qu’elle considère appartenir au Waalo.

Dans ses correspondances avec l’administration de Saint-Louis, elle revendique son autorité sur l’île de Boyo et conteste l’occupation de terres sans son consentement.

La logique de son argument est constante :

commercer avec le Waalo ne signifie pas gouverner le Waalo.

Pendant plusieurs années, elle utilise ainsi la diplomatie, les lettres, les pressions économiques et l’autorité politique pour tenter de contenir l’expansion française.

Mais en 1854, un homme arrive à la tête de l’administration française du Sénégal.

Louis Faidherbe.

Avec lui, la confrontation change de dimension.

1855 : la diplomatie cède la place aux armes

Faidherbe veut renforcer la domination française dans la région.

Le Waalo, situé aux portes de Saint-Louis et dirigé par une souveraine refusant les prétentions françaises, constitue un obstacle.

En février 1855, les forces françaises pénètrent dans le royaume.

La guerre est désormais ouverte.

Le 25 février, sur la plaine de Dioubouldou, les forces du Waalo et leurs alliés affrontent la colonne française.

L’écart technologique et militaire pèse lourd.

Les forces de Ndaté Yalla sont battues.

Les Français avancent ensuite jusqu’à Nder.

La capitale du Waalo est prise et incendiée, ainsi que plusieurs villages.

La conquête militaire vient de réaliser ce que plusieurs années de pressions politiques n’avaient pas obtenu.

Le Waalo perd son indépendance.

Une défaite militaire, pas une soumission

C’est ici que l’histoire de Ndaté Yalla prend toute sa force.

Elle n’a pas gagné la guerre.

Mais la résistance ne se mesure pas uniquement au résultat final d’une bataille.

Pendant près d’une décennie de règne, elle a contesté l’idée selon laquelle la présence commerciale française donnait à la France un droit politique sur son territoire.

Elle a négocié.

Elle a protesté.

Elle a revendiqué ses frontières.

Elle a défendu ses prérogatives.

Et lorsque la confrontation militaire est devenue inévitable, elle a résisté.

Après la défaite, Ndaté Yalla quitte le Waalo et trouve refuge au Cayor.

Elle meurt en 1860.

Mais l’histoire ne s’arrête pas complètement avec elle.

Son fils, Sidya Ndaté Yalla Diop, deviendra à son tour une figure de la résistance à la domination française.

Pourquoi raconter Ndaté Yalla aujourd’hui ?

Parce que son histoire bouscule une représentation encore tenace de la colonisation africaine.

Celle d’une Afrique qui aurait simplement été découverte, administrée puis colonisée par des puissances européennes.

Lorsque les Français avancent vers le Waalo, ils ne pénètrent pas dans un vide politique.

Ils entrent dans un royaume.

Ce royaume possède ses institutions, ses règles, ses autorités et ses intérêts.

Et à sa tête se trouve une femme capable d’écrire au représentant d’une puissance européenne pour lui rappeler une chose fondamentale :

vous avez votre territoire ; nous avons le nôtre.

Ndaté Yalla n’était pas seulement une femme courageuse opposée à une armée étrangère.

Elle était une souveraine défendant la souveraineté de son État.

Elle fut vaincue militairement.

Mais près de deux siècles plus tard, son combat nous rappelle que la conquête coloniale de l’Afrique ne fut ni naturelle, ni consentie, ni accomplie sans résistance.

Et c’est peut-être cela que l’Histoire a trop souvent laissé dans l’ombre.

« Héroïnes africaines de la résistance est une série consacrée aux femmes d’Afrique et de sa diaspora dont les combats contre l’esclavage, la traite et la domination coloniale ont été oubliés, minimisés ou insuffisamment racontés. »

Une héroïne. Une histoire. Chaque semaine.

Leadernewsci, informer pour former

Comments

comments

Continuer la lecture

Internationale

ZOA: Média panafricain ou paris-africain?

Publié

activé

ZOA: Média panafricain ou paris-africain?

La France ne se lasse jamais de vouloir parler au nom de l’Afrique. Après avoir perdu du terrain politique et diplomatique, et face au rejet croissant de ses médias traditionnels comme RFI et France 24, voici qu’elle revient avec un nouvel outil de communication : ZOA, un média qu’elle ose qualifier de « panafricain, par et pour les jeunes Africains ».

Cette initiative, loin d’être anodine, révèle trois réalités : l’illégitimité, la condescendance et les incohérences de la démarche française.

Une appropriation illégitime du panafricanisme

Le terme panafricain n’est pas une étiquette marketing. C’est un combat, une idéologie née dans la douleur des luttes contre l’esclavage, la colonisation et le néocolonialisme. Il a porté les voix de Nkrumah, Sankara, Lumumba, Kadhafi et de tant d’autres figures qui ont rêvé d’une Afrique unie et souveraine.

Que la France, ancienne puissance coloniale, ose aujourd’hui brandir ce mot pour vendre son projet ZOA est une provocation historique. Car n’est-ce pas cette même France qui, en 2011, a été l’un des acteurs majeurs de la chute et de l’assassinat de Mouammar Kadhafi, dont les ambitions panafricaines effrayaient l’Occident ?

Comment peut-elle, après avoir contribué à détruire l’un des projets d’unité africaine les plus concrets de notre époque, prétendre aujourd’hui défendre un média « panafricain » ?

La condescendance éternelle

ZOA illustre une fois de plus le réflexe paternaliste français : dicter à l’Afrique ce qu’elle doit penser, comment elle doit s’informer et à travers quels canaux elle doit s’exprimer.

Présenter ZOA comme un média « par les jeunes Africains » quand il est financé et piloté en arrière-plan par l’État français est une insulte à l’intelligence de cette jeunesse africaine qui réclame avant tout autonomie et souveraineté.

Cette démarche trahit une profonde condescendance : celle d’un pays qui se croit encore indispensable à l’Afrique, alors même que les peuples africains réclament haut et fort de parler pour eux-mêmes.

Une stratégie désespérée face à la perte de crédibilité

En réalité, ZOA n’est qu’un pansement sur une hémorragie. Face au discrédit total de France 24 et RFI, accusés d’être des relais de propagande française et bannis dans plusieurs pays africains, Paris tente une opération de camouflage.

Changer le nom, cibler les jeunes et jouer la carte du numérique n’effacera pas la vérité : il s’agit toujours d’un instrument d’influence, d’un prolongement de la diplomatie française.

ZOA ne cherche pas à renforcer le panafricanisme, mais à le vider de son sens, à en proposer une version édulcorée et inoffensive pour neutraliser le véritable mouvement panafricaniste qui gagne du terrain partout sur le continent.

Un sabotage maquillé en innovation

ZOA n’est pas un média panafricain. C’est une tentative de sabotage idéologique, une manœuvre désespérée pour détourner la jeunesse africaine de ses vraies luttes.

Le panafricanisme ne se décrète pas depuis Paris. Il ne se construit pas avec l’argent ni les intentions d’un État qui a toujours défendu ses intérêts au détriment de l’Afrique.

La jeunesse africaine n’a pas besoin de ZOA. Elle a besoin de ses propres voix, ses propres plateformes et sa propre narration, indépendante de toute tutelle coloniale ou néocoloniale.

En un mot, ZOA n’est pas la voix des Africains, c’est l écho d’une françafrique agonisante qui refuse de mourir.

Herve Christ

Comments

comments

Continuer la lecture

Abonnez-vous à notre newsletter

Publicité

Sponsorisée

Facebook

Publicité Enter ad code here
Publicité

Tendances