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Région du Gontougou/ Dapa Donacien cogne fort Adjoumani: un « coupeur de route » auprès des présidents de la république.

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Dapa Donacien, Juriste

Dapa Donacien, cadre de la région du Gontougou, Juriste, Expert Marchés Publics & Projets de Partenariats Public Privé (PPP), n´est pas du tout content des agissements du Ministre Adjoumani, le fameux élephant blanc du Gontougou.

LE PARADOXE DU GONTOUGO : L’OPTION DU FARROT- FARROT À LA PLACE DES PROJETS STRUCTURANTS RÊVÉS ?

Dans le silence sournois et profondément révélateur de la colère difficilement contenue, les cœurs saignent dans le Gontougo, à l’idée du projet d’université, qui inexorablement, se fond dans la paume de qui vous savez, à l’image du beurre qui se fond au soleil.

La déception est à la mesure des espérances du départ, dans la mesure où toutes les obédiences politiques de la région ont su taire leur amour propre pour croire à ce projet que nous espérions être le booster de l’épanouissement des activités socio économiques et culturelles du district du Zanzan.

C’est mal connaître ceux qui ont décidé d’abuser de notre crédibilité et de notre sincérité. Plus malheureux, sont les partisans et admirateurs du Pdt Ouattara. Des amis miens RDR de longue date, frustrés autant que moi de voir s’évaporer ( lentement et sûrement) les deux principaux arguments de campagne escomptés.

Quel paradoxe ! Pour nous qui avons applaudi l’atterrissage d’un fils de producteurs d’anacarde de Bondoukou au Ministère de l’Agriculture, pour espérer enfin un prix inédit de cette culture, sommes sans voix et amers. Quel paradoxe ! Catastrophique, désastreuse, appauvrissante, les mots manquent pour décrire la désillusion et la profonde déception des parents producteurs d’anacarde en 2020.

Au plan social, je viens de passer deux mois parcourant le Gontougo dans tous les coins et recoins, et partiellement le Bounkani. Triste de la souffrance des femmes qui, bravant le couvre-feu, veillent de 21 h au matin, autour des puits asséchés et sans eaux, et finalement revenant bredouille. Des villages, frustrés de n’avoir jamais bénéficié d’un seul paquet de ciment en dix ans de leadership d’Adjoumani au Conseil Régional du Gontougo!

Un Conseil Régional qu’il a dimensionné à un conglomérat de coquins et copains se répartissant les projets financés à une poignée de villages dont ils sont natifs. Quel regret de la disparition des programmes FRAR ! Une belle époque où les préfets faisaient l’effort de doter chaque village des infrastructures convenables suivant une certaine éthique. Triste face au constat de la non réalisation du programme d’adduction d’eau décidé le 29 juillet 2015 lors du Conseil des Ministres à Bondoukou.

Aussi, nous qui pensions naïvement que le RDR local se saisirait légitiment de la réalisation (éventuelle) de l’Université du Nord-Est ( partant de Tankesse à Bouna via Kounfao, Tanda, Transua, Tabagne, Bondoukou, Laoudi-Ba, Tagadi, Taoudi, Bondo, Peteye, Farako… ) pour faire campagne avec panache, en brandissant du concret, nous-nous sommes rendus compte que l’éléphant du Zanzan et ses éléphanteaux misent plutôt sur des parades d’avions en appui des cortèges kilométriques et folkloriques comme à l’accoutumée.

Il n’a pas tort, puisque ce manège lui a toujours réussi.  » Les gens feront toujours ce que vous récompensez », selon la Nouvelle Bible du Leadership publiée par Olivier Kakpo, coach en leadership. Dans ces conditions, et connaissant l’esprit de tolérance de ses parents,pourquoi voulez-vous que l’immense et expérimenté technocrate des élections se fatigue pour concrétiser une quelconque promesse électorale ( reprofilage de route, revalorisation du prix d’anacarde), là où le farrot-farrot à l’aide de quelques billets de banque lui assure amplement la faveur des votes?

Le Gontougo a concédé trop longtemps la voie du raccourci et de la facilité à Adjoumani là où les autres régions challengent rigoureusement leurs cadres à travers leurs œuvres. Si ton bilan personnel est nuisible à la saine émulation des cadres, tu n’es pas indispensable.

Peu importe que c’est toi qui réveille chaque matin le président de la république ou dort devant sa porte à la place de son gardien. No matter ! Et en la matière, l’homme n’est pas à son premier coup d’essai. Avant le 19 sept 2002, l’homme était agrippé au manteau du Pdt Laurent Gbagbo, parce que détenant la bourse et le pain. Et plus tard, dans sa traversée du désert après avoir été viré du gouvernement, il s’est agrippé au président BÉDIÉ comme sa seule bouée de sauvetage.

C’est l’époque où il avait l’exclusivité des appels téléphoniques en direct du Président BÉDIÉ lors des meetings qu’il se plaisait à faire écouter aux militants au travers des sono. Juste pour que son auditoire sache qu’il est familier à son papa BÉDIÉ. Tout ceci révèle la propension de l’homme à s’afficher comme le chouchou des Présidents successifs détenteurs de la bourse à l’instant T.

Donc, ce n’est pas une nouveauté pour nous d’un Adjoumani « coupeur de route » auprès des présidents de la république. Nous utiliserons jamais une torche la journée pour appréhender l’homme que nous connaissons en détail la journée.

Voilà l’homme tel qu’il se dévoile dans son fonctionnement: l’intérêt personnel, nombriliste et égocentrique à 98%. Tout pour sa personne et rien pour partenaires et adversaires indistinctement. C’est notoirement connu dans le Zanzan. C’est un « laboguigo » ( démasqué) en Koulango.Mais comment arrive-t-il à berner tous ?

En vérité, en vérité, le Zanzan a le leader politique, qui lui sied.Nous sommes peinés de le constater. Aucune réalisation concrète,sérieuse et durable, à part l’enfumage au son des décibels et les gadgets de campagne. Une succession de promesses vaines d’éléphants blancs (inutilités) et le tour est joué.

Et dire que la région s’accomode de cet immobilisme durant près de 20 ans! Quelle indolence ! C’est à ce niveau que l’analyse de Champfort prend son sens pertinent : « presque tous les hommes sont esclaves, faute de savoir prononcer la syllabe « NON ».

Mais de grâce, que personne ne vienne prétexter d’un prétendu tripatouillage électoral. Une irondelle ne fait pas le printemps. Il y’a un temps pour dire, le hola. 18 ans de jouissance ministérielle, c’est l’âge pour tout parent de consentir à se séparer de sa fille aînée en âge de se marier, pour qu’elle libère la chambre de ses cadets, au risque qu’elle en fasse une propriété privée, en finissant par expulser ses jeunes frères et sœurs.Ce n’est pas méchant.

C’est dans l’ordre normal des choses de la vie en communauté. Et c’est le cas du Ministre Adjoumani. L’émergence de nouveaux cadres dans son sillage est un crime de lèse-majesté. Les initiateurs de PDCI Renaissance et singulièrement ceux adossés à la façade Est de la Comoe de Bassam via Aboisso, Abengourou, Agnibilekro et Bondoukou à Nassian ne diront pas le contraire.

Tous sous l’éteignoir, comme il l’a réussi dans sa surface de réparation : le Gontougo. Nous ses cadets, sommes désolés de ne trouver aucun héritage personnel, concret et tangible légué à la région par l’aîné. Nous sommes reconnaissants au président de la république, au premier ministre pour le programme national d’électrification de toute la côte d’ivoire. Il n’y a pas une seule région du pays qui n’en a pas bénéficié.Nous ne saurions l’attribuer à l’aîné sans nous couvrir de ridicule aux yeux de la Nation.

Or c’est ce que nous faisons et on le voit. Nous sommes obligés, par honnêteté intellectuelle, d’avouer ce que toute la Nation sait.Le bilan d’Adjoumani durant 18 ans au Gouvernement est maigre et improductif. Sous l’ère d’Adjoumani, l’étouffement des énergies des cadres, en ordre et en désordre, semble être la consigne. L’homme ( honteux de son inaction vis à vis de l’entretien routier) est si isolé dans la région (dont il est le président du conseil régional) qu’il survole les villages seul à bord d’un hélicoptère.

Face à ce fossé qui le sépare des populations,et en chœur avec le Gl Charles De Gaulle, ses cadets lui disent :  » Il faut savoir quitter les choses avant qu’elles ne vous quittent ». C’est la raison pour laquelle le Gouvernement devrait considérer la présente, digne d’intérêt pour le salut de son image bien ternie sur les traces de monsieur Adjoumani depuis le Gontougo jusqu’au Sud-Comoe. Un sondage d’opinion de la part du Gouvernement le confirmerait.

Quand quelqu’un est vomi par ses parents, même ses paroles sensées d’ordinaire, sonnent à présent énervement dans l’esprit de ses interlocuteurs.Oh, bien-sûr qu’il garde la capacité à trimballer de meeting en meeting des reines-mères et des chefs de villages contre leur gré. Ne sommes-nous pas dans une région où les chefs,très diplomates, ne montrent jamais leurs émotions en public ? Sur ce, nous ne pouvons que souhaiter une retraite tranquille, au frère, des affaires régionales.

Son leadership étant le prototype d’étouffement et d’écrasement des compétences endogènes et exogènes. Les militants du RDR qui sont nos fidèles lecteurs vous en diront plus.Que du gâchis et du temps perdu en 18 ans de pilotage obscurantiste !

Que le président de la république le sache où pas, nous sommes obligés de lui faire savoir que la région est fatiguée d’Adjoumani. Il est quand même question de l’avenir et des carrières de deux générations d’affilée obstruées par un certain pachiderme avec pour devise UN ÉLÉPHANT BLANC.

L’éléphant blanc est synonyme d’un projet de société illusionniste et budgetivore et sans utilité pratique.C’est le sens qu’en donne wikipédia. Peut-on s’étonner alors de la propension de monsieur Adjoumani pour le garrot-farrot à la place de la réalisation de projets structurants à fort impact social ?

Adjoumani a atteint ses limites, là où son idéal lui permet d’arriver. Nous ne lui en voudrons pas et il ne nous manquera pas. Grâce à Dieu,la Nation a formé et bien formé des profils pour assurer efficacement la relève au leadership local. Fraternellement.

Une contribution de Dapa Donacien,

Juriste,
Expert Marchés Publics & Projets de Partenariats Public Privé (PPP)

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[NOTRE SÉRIE : ELLES ONT RÉSISTÉ] Épisode 2 — Sarraounia Mangou La reine-prêtresse qui barra la route à la colonne Voulet-Chanoine

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Sarraounia Mangou La reine-prêtresse qui barra la route à la colonne Voulet-Chanoine

Lougou, 1899.

Une colonne armée avance à travers l’actuel Niger.

À sa tête, deux officiers français : Paul Voulet et Julien Chanoine.

Leur objectif est de rejoindre le lac Tchad et de participer à la jonction des possessions françaises d’Afrique occidentale et d’Afrique centrale.

Mais leur marche laisse derrière elle des villages attaqués, des populations tuées et une réputation de terreur.

Puis la colonne arrive aux portes d’un territoire qui refuse de s’effacer devant elle.

Lougou.

Ici, le pouvoir spirituel porte depuis des générations un titre : Saraounia.

Et celle qui l’incarne alors s’appelle Mangou.

Elle aurait pu abandonner son territoire.

Elle choisit de résister.

Avant Mangou, il y avait les Saraounia

Pour comprendre Sarraounia Mangou, il faut d’abord entrer dans l’histoire de Lougou telle qu’elle est transmise par les populations de l’Arewa.

Car Sarraounia n’est pas simplement un prénom. C’est un titre.

La tradition de Lougou raconte une très ancienne lignée de souveraines. Selon cette mémoire, la première Saraounia était la fille unique du roi de Daoura, l’un des anciens centres du monde haoussa. Écartée du trône par ses oncles paternels, elle quitta Daoura et, après plusieurs étapes, vint s’établir à Lougou.

De cette histoire naît une institution qui traversera les générations.

La tradition parle de quinze Saraounia ayant régné à Lougou. Parmi les noms transmis figurent Yarkasa, Dafada, Gouzouri, Lalma, Dafaya, Annaou…

Puis vient Mangou.

La Saraounia n’est pas seulement une autorité politique.

Elle est aussi reine-prêtresse et guide spirituelle de sa communauté. Cette articulation entre pouvoir féminin et pouvoir religieux constitue l’un des traits majeurs de la culture traditionnelle de l’Arewa.

Et au cœur de cette institution se trouve une pierre.

Tunguma, la pierre de vérité et de justice

Elle s’appelle Tunguma.

Selon la tradition, c’est cette pierre sacrée qui guida la première Saraounia depuis Daoura jusqu’à Lougou.

Elle est associée à la justice, à la vérité et à la vie spirituelle de la communauté.

Et elle n’appartient pas seulement au passé.

L’UNESCO relève que Tunguma continue d’occuper une place dans les pratiques traditionnelles de Lougou. Le site rassemble également les lieux de cultes azna, le cimetière des reines Saraounia et la demeure de la Saraounia.

La transmission du pouvoir elle-même est entourée d’un rituel remarquable.

À la mort d’une Saraounia, les femmes susceptibles de lui succéder sont réunies. Selon la tradition rapportée à l’UNESCO, le corps de la souveraine défunte participe rituellement à la désignation de sa successeure ainsi qu’à celle de l’emplacement de sa propre tombe.

C’est donc à la tête d’une institution politique, religieuse et culturelle profondément enracinée que se trouve Mangou lorsque survient, en 1899, la colonne française.

1899 : la colonne arrive

Voulet et Chanoine ne commandent pas uniquement quelques officiers européens.

Comme beaucoup de forces de conquête coloniale, leur colonne comprend également de nombreux soldats africains recrutés dans des territoires déjà placés sous domination française. Elle possède surtout un avantage déterminant face aux combattants de Lougou : des armes à feu et un canon.

Face à eux, les guerriers appelés à défendre Lougou disposent notamment d’arcs et de flèches.

Le rapport de forces paraît écrasant.

Mais Mangou refuse de se soumettre.

La mémoire de l’Arewa conserve ainsi le souvenir des combattants rassemblés par la Saraounia pour défendre Lougou contre la progression de la colonne.

La bataille commence.

Lougou brûle

Les combattants de Lougou affrontent la colonne.

Ils ne disposent ni de son artillerie ni de sa puissance de feu.

Le combat est inégal.

Les armes françaises finissent par ouvrir la voie.

Lougou est incendié.

Sa population est dispersée.

Mais la prise du village n’efface pas ce qui vient de se produire : une autorité africaine a refusé le passage et opposé une résistance armée à l’avancée coloniale.

Plus d’un siècle plus tard, le lieu de cette confrontation existe toujours.

L’UNESCO identifie à Lougou le site de la bataille contre la colonne Voulet-Chanoine et indique que le terrain conserve des ossements humains ainsi que des emplacements marqués par des pierres.

Le paysage est devenu archive.

Mais à Lougou, l’histoire ne s’est pas seulement conservée dans le sol.

Elle s’est conservée dans la parole.

Quand la parole devient mémoire

Pendant des générations, l’histoire de Sarraounia Mangou a été racontée.

Dans les familles.

Dans les récits.

Dans les chants.

Dans la mémoire de l’Arewa.

C’est une dimension fondamentale de son histoire.

Car dans de nombreuses sociétés africaines, la transmission du passé n’a jamais reposé exclusivement sur l’écriture. La parole, les récits généalogiques, les chants, les cérémonies et les lieux sacrés participent eux aussi à la conservation de la mémoire collective.

Sarraounia est ainsi devenue une héroïne majeure de la littérature orale nigérienne, liée aux récits fondateurs de Lougou. Sa mémoire a ensuite circulé dans l’école, la radio, la télévision, les chants et les représentations culturelles.

Ainsi, bien avant que son histoire ne devienne un roman ou un film, Lougou se souvenait déjà de sa Saraounia.

Puis vint Abdoulaye Mamani

En 1980, l’écrivain nigérien Abdoulaye Mamani publie Sarraounia.

Il ne part pas de rien.

Son œuvre puise notamment dans les récits oraux de la région de Lougou, auxquels viennent s’ajouter des matériaux écrits et une démarche littéraire et politique propre à l’auteur.

Mangou quitte alors davantage encore la mémoire locale pour entrer dans l’imaginaire panafricain.

Puis vient le cinéma.

En 1986, le réalisateur mauritanien Med Hondo adapte le roman.

À l’écran, Sarraounia devient cette reine africaine qui refuse de courber l’échine devant la conquête.

Le récit voyage.

Du Niger à l’Afrique.

De l’Afrique au monde.

Mais son point de départ reste le même :

Lougou.

Ils avaient le canon. Lougou avait sa mémoire.

Militairement, la colonne française poursuit sa route.

Mais l’histoire réserve un étrange retournement à ses chefs.

La mission Voulet-Chanoine devient bientôt un scandale jusque dans l’appareil colonial français en raison des violences commises pendant son parcours.

Une mission est envoyée pour reprendre le contrôle de la colonne.

Voulet refuse d’obéir.

La confrontation éclate.

Et quelques semaines après avoir traversé Lougou, Voulet et Chanoine meurent à leur tour, victimes de la désagrégation de leur propre expédition.

La colonne poursuit son chemin sous un autre commandement.

Sarraounia, elle, entre dans la mémoire.

Plus d’un siècle après, Lougou n’a pas oublié

Il existe aujourd’hui quelque chose de particulièrement puissant dans cette histoire.

On peut encore se rendre à Lougou.

On y trouve Tunguma.

Le cimetière des Saraounia.

Les lieux de culte azna.

Le champ de bataille de 1899.

Et l’institution de la Saraounia a traversé les générations.

En 2005, les femmes de l’Arewa se sont même mobilisées autour de Lougou pour défendre ce patrimoine. Quelques années auparavant, des femmes avaient entrepris une marche de 333 kilomètres de Lougou à Niamey afin d’alerter sur la sauvegarde du site et de manifester leur volonté de préserver cet héritage.

La résistance de Mangou n’appartient donc pas seulement à 1899.

Elle est devenue une mémoire transmise.

Une référence.

Un symbole.

Pourquoi raconter Sarraounia Mangou aujourd’hui ?

Parce que son histoire nous oblige à regarder la conquête coloniale autrement.

Les puissances européennes n’avançaient pas dans des territoires sans histoire, sans organisation politique, sans spiritualité et sans conception de la souveraineté.

À Lougou existait une institution ancienne.

Une autorité.

Une mémoire.

Une culture.

Et cette autorité était incarnée par une femme.

Sarraounia Mangou.

Face au canon, elle opposa la résistance de son peuple.

Face à l’incendie de Lougou, les générations suivantes opposèrent la mémoire.

Face au temps, la tradition orale conserva son nom.

C’est peut-être là sa plus grande victoire.

Plus d’un siècle après le passage de Voulet et Chanoine, nous prononçons encore le nom de la femme qui leur barra la route.

Sarraounia Mangou.

Parce qu’elle a résisté.

Notre série : ELLES ONT RÉSISTÉ
Une héroïne. Une histoire. Chaque semaine.

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Citoyenneté

[Notre Série] Elles ont résisté – Épisode 1: Ndaté Yalla Mbodj, la reine qui refusa de céder le Waalo

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Héroïnes africaines de la résistance - [Épisode 1] : Ndaté Yalla Mbodj, la reine qui refusa de céder le Waalo

Sénégal, février 1855.

Depuis Saint-Louis, une colonne militaire française se met en marche vers le royaume du Waalo.

À sa tête : Louis Faidherbe, gouverneur du Sénégal.

Son objectif dépasse désormais le commerce. La France veut imposer son autorité sur ce territoire stratégique situé autour du bas fleuve Sénégal.

Mais sur sa route se trouve une souveraine qui, depuis plusieurs années, refuse de reconnaître aux Français le droit de décider à sa place.

Son nom est Ndaté Yalla Mbodj.

Elle sait que l’adversaire dispose d’une puissance militaire supérieure.

Elle sait aussi ce qu’une défaite peut signifier.

Pourtant, elle refuse de céder.

Car derrière cette confrontation se pose une question d’une étonnante modernité :

Qui a le droit de décider de ce qui se passe sur une terre : ceux qui y règnent ou une puissance étrangère qui estime y avoir des intérêts ?

Avant la colonie, il y avait un royaume

Pour comprendre Ndaté Yalla, il faut d’abord oublier un instant les cartes coloniales qui ont façonné notre représentation de l’Afrique.

Le Sénégal tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existe pas encore.

Dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest coexistent plusieurs États et royaumes, parmi lesquels le Cayor, le Djolof, le Fouta et le Waalo.

Le Waalo occupe une position particulièrement stratégique : il contrôle une partie de la région située autour du fleuve Sénégal, à proximité immédiate de Saint-Louis, où la France est implantée.

Cette proximité nourrit le commerce.

Mais progressivement, elle nourrit aussi les ambitions françaises.

Ndaté Yalla appartient à la dynastie dirigeante du Waalo. Après la mort de sa sœur aînée, Ndieumbeutt Mbodj, elle lui succède et est officiellement intronisée à Nder, capitale du royaume, en octobre 1846.

Elle porte le titre de Linguère.

Mais il ne faut pas imaginer une reine simplement cérémonielle.

Ndaté Yalla intervient dans les affaires politiques, territoriales et commerciales de son royaume.

Et les Français vont rapidement le découvrir.

1847 : l’affaire des bœufs

L’un des premiers affrontements documentés pourrait presque sembler banal.

Une affaire de bétail.

Des commerçants soninkés acheminent des bœufs vers Saint-Louis. Les autorités françaises contestent les prélèvements et droits imposés par le Waalo sur leur passage.

Pour les Français, il s’agit notamment de garantir la circulation commerciale vers Saint-Louis.

Pour Ndaté Yalla, le problème est tout autre.

Les marchandises traversent son royaume.

Elle considère donc que les règles applicables sur ce territoire relèvent de son autorité.

Le différend prend une telle importance que la reine répond directement au gouverneur français.

Dans une lettre du 18 juin 1847 conservée aux Archives nationales du Sénégal, elle rappelle en substance un principe simple : Saint-Louis relève du gouverneur français, les autres royaumes ont leurs souverains, et le Waalo possède lui aussi son autorité politique.

Ce n’est pas seulement une querelle commerciale.

C’est une affirmation de souveraineté.

« Cette terre m’appartient »

Les tensions ne disparaissent pas.

Au contraire.

Les Français cherchent à consolider leur présence autour du fleuve. Des terres deviennent à leur tour sources de conflit.

En 1851, Ndaté Yalla proteste notamment contre l’installation française sur des territoires qu’elle considère appartenir au Waalo.

Dans ses correspondances avec l’administration de Saint-Louis, elle revendique son autorité sur l’île de Boyo et conteste l’occupation de terres sans son consentement.

La logique de son argument est constante :

commercer avec le Waalo ne signifie pas gouverner le Waalo.

Pendant plusieurs années, elle utilise ainsi la diplomatie, les lettres, les pressions économiques et l’autorité politique pour tenter de contenir l’expansion française.

Mais en 1854, un homme arrive à la tête de l’administration française du Sénégal.

Louis Faidherbe.

Avec lui, la confrontation change de dimension.

1855 : la diplomatie cède la place aux armes

Faidherbe veut renforcer la domination française dans la région.

Le Waalo, situé aux portes de Saint-Louis et dirigé par une souveraine refusant les prétentions françaises, constitue un obstacle.

En février 1855, les forces françaises pénètrent dans le royaume.

La guerre est désormais ouverte.

Le 25 février, sur la plaine de Dioubouldou, les forces du Waalo et leurs alliés affrontent la colonne française.

L’écart technologique et militaire pèse lourd.

Les forces de Ndaté Yalla sont battues.

Les Français avancent ensuite jusqu’à Nder.

La capitale du Waalo est prise et incendiée, ainsi que plusieurs villages.

La conquête militaire vient de réaliser ce que plusieurs années de pressions politiques n’avaient pas obtenu.

Le Waalo perd son indépendance.

Une défaite militaire, pas une soumission

C’est ici que l’histoire de Ndaté Yalla prend toute sa force.

Elle n’a pas gagné la guerre.

Mais la résistance ne se mesure pas uniquement au résultat final d’une bataille.

Pendant près d’une décennie de règne, elle a contesté l’idée selon laquelle la présence commerciale française donnait à la France un droit politique sur son territoire.

Elle a négocié.

Elle a protesté.

Elle a revendiqué ses frontières.

Elle a défendu ses prérogatives.

Et lorsque la confrontation militaire est devenue inévitable, elle a résisté.

Après la défaite, Ndaté Yalla quitte le Waalo et trouve refuge au Cayor.

Elle meurt en 1860.

Mais l’histoire ne s’arrête pas complètement avec elle.

Son fils, Sidya Ndaté Yalla Diop, deviendra à son tour une figure de la résistance à la domination française.

Pourquoi raconter Ndaté Yalla aujourd’hui ?

Parce que son histoire bouscule une représentation encore tenace de la colonisation africaine.

Celle d’une Afrique qui aurait simplement été découverte, administrée puis colonisée par des puissances européennes.

Lorsque les Français avancent vers le Waalo, ils ne pénètrent pas dans un vide politique.

Ils entrent dans un royaume.

Ce royaume possède ses institutions, ses règles, ses autorités et ses intérêts.

Et à sa tête se trouve une femme capable d’écrire au représentant d’une puissance européenne pour lui rappeler une chose fondamentale :

vous avez votre territoire ; nous avons le nôtre.

Ndaté Yalla n’était pas seulement une femme courageuse opposée à une armée étrangère.

Elle était une souveraine défendant la souveraineté de son État.

Elle fut vaincue militairement.

Mais près de deux siècles plus tard, son combat nous rappelle que la conquête coloniale de l’Afrique ne fut ni naturelle, ni consentie, ni accomplie sans résistance.

Et c’est peut-être cela que l’Histoire a trop souvent laissé dans l’ombre.

« Héroïnes africaines de la résistance est une série consacrée aux femmes d’Afrique et de sa diaspora dont les combats contre l’esclavage, la traite et la domination coloniale ont été oubliés, minimisés ou insuffisamment racontés. »

Une héroïne. Une histoire. Chaque semaine.

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Internationale

ZOA: Média panafricain ou paris-africain?

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ZOA: Média panafricain ou paris-africain?

La France ne se lasse jamais de vouloir parler au nom de l’Afrique. Après avoir perdu du terrain politique et diplomatique, et face au rejet croissant de ses médias traditionnels comme RFI et France 24, voici qu’elle revient avec un nouvel outil de communication : ZOA, un média qu’elle ose qualifier de « panafricain, par et pour les jeunes Africains ».

Cette initiative, loin d’être anodine, révèle trois réalités : l’illégitimité, la condescendance et les incohérences de la démarche française.

Une appropriation illégitime du panafricanisme

Le terme panafricain n’est pas une étiquette marketing. C’est un combat, une idéologie née dans la douleur des luttes contre l’esclavage, la colonisation et le néocolonialisme. Il a porté les voix de Nkrumah, Sankara, Lumumba, Kadhafi et de tant d’autres figures qui ont rêvé d’une Afrique unie et souveraine.

Que la France, ancienne puissance coloniale, ose aujourd’hui brandir ce mot pour vendre son projet ZOA est une provocation historique. Car n’est-ce pas cette même France qui, en 2011, a été l’un des acteurs majeurs de la chute et de l’assassinat de Mouammar Kadhafi, dont les ambitions panafricaines effrayaient l’Occident ?

Comment peut-elle, après avoir contribué à détruire l’un des projets d’unité africaine les plus concrets de notre époque, prétendre aujourd’hui défendre un média « panafricain » ?

La condescendance éternelle

ZOA illustre une fois de plus le réflexe paternaliste français : dicter à l’Afrique ce qu’elle doit penser, comment elle doit s’informer et à travers quels canaux elle doit s’exprimer.

Présenter ZOA comme un média « par les jeunes Africains » quand il est financé et piloté en arrière-plan par l’État français est une insulte à l’intelligence de cette jeunesse africaine qui réclame avant tout autonomie et souveraineté.

Cette démarche trahit une profonde condescendance : celle d’un pays qui se croit encore indispensable à l’Afrique, alors même que les peuples africains réclament haut et fort de parler pour eux-mêmes.

Une stratégie désespérée face à la perte de crédibilité

En réalité, ZOA n’est qu’un pansement sur une hémorragie. Face au discrédit total de France 24 et RFI, accusés d’être des relais de propagande française et bannis dans plusieurs pays africains, Paris tente une opération de camouflage.

Changer le nom, cibler les jeunes et jouer la carte du numérique n’effacera pas la vérité : il s’agit toujours d’un instrument d’influence, d’un prolongement de la diplomatie française.

ZOA ne cherche pas à renforcer le panafricanisme, mais à le vider de son sens, à en proposer une version édulcorée et inoffensive pour neutraliser le véritable mouvement panafricaniste qui gagne du terrain partout sur le continent.

Un sabotage maquillé en innovation

ZOA n’est pas un média panafricain. C’est une tentative de sabotage idéologique, une manœuvre désespérée pour détourner la jeunesse africaine de ses vraies luttes.

Le panafricanisme ne se décrète pas depuis Paris. Il ne se construit pas avec l’argent ni les intentions d’un État qui a toujours défendu ses intérêts au détriment de l’Afrique.

La jeunesse africaine n’a pas besoin de ZOA. Elle a besoin de ses propres voix, ses propres plateformes et sa propre narration, indépendante de toute tutelle coloniale ou néocoloniale.

En un mot, ZOA n’est pas la voix des Africains, c’est l écho d’une françafrique agonisante qui refuse de mourir.

Herve Christ

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