Restons en contact

Politique

Soro Guillaume persiste « L’heure est grave pour mon pays »

Publié

activé

Soro Guillaume, Président de Génération et Peuples Solidaires

Paris –  jeudi 17 septembre 2020, M. Soro Kigbafori Guillaume, Président du Génération et Peuples Solidaires (GPS) , a ténu un petit-dejeuner de presse à l’hôtel Bristol.

Propos luminaires du Président Génération et Peuples Solidaires (GPS).

« Mesdames et Messieurs les Journalistes, Chers Invités,

Vous vous souviendrez, dans cette même salle, le 28 janvier dernier, je me tenais devant vous pour vous déclarer ma candidature à la prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Je vous le réaffirme, aujourd’hui encore, ma candidature est ferme, irréductible et irrévocable. Je ne reconnais à nul autre que le peuple souverain de Côte d’Ivoire, le droit de statuer sur mon avenir et mon devenir.
Je suis candidat à la présidentielle du 31 octobre 2020, en application de la Loi, de la morale républicaine et conformément à mes convictions selon lesquelles, la dictature ne s’épanouit jamais aussi bien que lorsque tétanisés par nos peurs, nos angoisses, nous la laissons prendre possession de nos vies et qu’elle ne recule que si, courageusement, nous nous dressons contre elle.
Je veux gouverner autrement ce pays, en bâtissant par la solidarité intergénérationnelle, la Nation ivoirienne émancipée de ses souffrances passées par le pardon et la réconciliation. Je veux gouverner en consolidant la démocratie et l’État de droit par la séparation et l’équilibre des pouvoirs de l’État dans un pluralisme renforcé.
Je veux et je vais gouverner mon pays en réalisant un développement écologique et endocentré pour le bien-être de tous, mais aussi en propulsant la Côte d’Ivoire aux premières loges de la recherche scientifique, de l’éducation, de la santé et de la proactivité entrepreneuriale. C’est une Côte d’Ivoire Réunie et Solidaire, portée par le génie de ses peuples et générations que j’entrevois comme legs idéal pour les héritiers de demain.
Mesdames et Messieurs,
Mais, faut-il le rappeler, je vous alertais déjà ici sur les risques de déflagration encourues si la communauté internationale ne se mobilisait pas pour obtenir des élections démocratiques et transparentes dans mon pays. Je vous ai aussi mis en garde contre la volonté de M. Ouattara de procéder à une entourloupe pour capturer le pouvoir d’État en Côte d’Ivoire.
Aujourd’hui, je suis à nouveau devant vous avec une extrême gravité.
Mais avant d’aller plus loin, je voudrais dire toute ma reconnaissance à Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République française, pour avoir tenu un langage de vérité au Président Alassane Ouattara au nom de l’attachement de la France à la Démocratie et aux droits de l’Homme.
Je dis toutes mes admirations à M. Muhammadu Buhari, Président de la République fédérale du Nigeria, M. Mahamadou Issoufou, Président de la République du Niger, ancien Président de la CEDEAO, aux Présidents Macky Sall du Sénégal, Umaro Sissoco Embaló, la Guinée- Bissau, pour leur posture sans équivoque contre les troisièmes mandats.
Je voudrais également saluer le Secrétaire d’État, M. Mike Pompeo pour le soutien des États-Unis au respect de l’État de droit. Je le disais tantôt, la Côte d’Ivoire est au bord du gouffre. L’entêtement de M. Ouattara à faire un troisième mandat en violation de la Constitution se fait dans une barbarie indigne d’une République moderne et civilisée. Le bilan est déjà suffisamment lourd et alarmant pour ne pas nous interpeller :
– Plus d’une trentaine de morts depuis sa déclaration de candidature ;
– Plus de 200 arrestations sur le territoire national dont 60 de mes compagnons de GPS parmi lesquels des députés arrêtés sans la levée leurs immunités et deux de mes jeunes frères de lait pris en otage ;
– De nombreuses femmes aux mains nues battues et incarcérées ;
– La limitation des droits constitutionnels que sont la liberté de manifester et la liberté d’expression par la prise d’une série de décrets interdisant à l’opposition d’exprimer son désaccord face au projet de troisième mandat.
L’incarcération injuste des députés et de tous les autres prisonniers politiques, fait l’objet d’une réprobation unanime des organisations internationales et des organismes de défense des droits de l’homme. Je veux citer entre autres, l’Union Interparlementaire (UIP), l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie (APF), Amnesty International, le
Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations-Unies.
***
Depuis le 23 décembre 2019, je suis contraint de vivre loin de mon pays, victime de montages grossiers habillés par des artifices juridiques.
On m’a fait un procès expéditif, fallacieux et fictif, pour des faits inexacts, alliant calomnie et diffamation et au prétexte d’une infraction de recel d’un bien qui aurait été prétendument commise en 2007.
Non seulement ces faits sont imaginaires mais cette infraction, si jamais elle avait existé, aurait été légalement prescrite : l’article 7 du code de procédure pénale ivoirien prévoit en effet que « en matière de délit, la prescription de l’action publique est de trois années révolues ».
À considérer, par extraordinaire, que ce délit soit qualifié de corruption, là encore, le délai de prescription éteint l’action publique,
puisqu’il est de 10 ans. De sorte qu’en 2019, soit 13 ans après, les faits étaient prescrits.
Or en réalité, tout ça n’existe pas : il n’y a aucune charge, aucun début de commencement de preuve.
Pour reprendre une formule de l’un de mes avocats, ce dossier, c’est un peu comme le Couteau de Lichtenberg : « un couteau sans lame, dont on a oublié le manche ». C’est du vide, c’est du vent.
Le procès qui s’est tenu au Tribunal d’Abidjan le 28 avril dernier est une honte pour tout État de droit qui se respecte.
On m’a jugé sans avocat, sans m’avoir convoqué, sans aucun accès au dossier, et en un mot, sans justice. Une vraie parodie.
Vous connaissez la phrase de George Clémenceau: «La Justice militaire est à la Justice, ce que la Musique militaire est à la Musique. ».
Je crois que nous avons trouvé pire encore que la justice militaire, c’est la justice ivoirienne, qui n’a de Justice que le nom.
***
C’est d’ailleurs contre cette Injustice, et contre l’arbitraire, que la Cour Africaine des Droits de l’Homme a rendu deux ordonnances.
Un mot d’abord, sur la procédure choisie : la Cour Africaine a été saisie en matière d’urgence. Deux ordonnances de mesures d’urgences ont été rendues, ce qui n’est possible qu’en présence de violations graves, évidentes et manifestes des droits fondamentaux.
Or, dans notre cas, comme l’ont retenu les juges d’Arusha, les droits ont été, à de nombreuses reprises, bafoués.
C’est pour cette raison que dans le contenu de l’ordonnance la Cour a reconnu l’existence de violations graves « des droits de la défense, du droit au procès équitable, du droit à la sureté, de la prohibition de la détention arbitraire, de la liberté d’expression, d’opinion, du droit de tout citoyen de participer à la vie publique et politique de son Pays ».
C’est pour cette raison que, dès le 22 avril 2020, la Cour a ordonné le statu quo ante de toutes les poursuites à mon encontre, la suspension du Mandat d’arrêt émis, la fin de la procédure pénale engagée et la remise en liberté immédiate de mes 19 proches injustement incarcérés.
C’est enfin pour cette raison que, le 15 septembre 2020, cette même Cour a ordonné, en des termes clairs et dépourvu d’ambiguïté, que la Côte d’Ivoire devait : « prendre toutes mesures nécessaires en vue de lever immédiatement les obstacles empêchant M. SORO de jouir de ses droits d’élire et d’être élu notamment lors de l’élection présidentielles ».
***
Alors bien sûr, du côté du camp Ouattara, on nous répond que la Côte d’Ivoire a quitté le protocole d’adhésion à la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples – le lendemain de son ordonnance du 22 avril, soulignons-le.
Mais vous le savez, car vous êtes sensibles au droit, que le délai de prévenance du retrait d’un protocole est d’une année. Et vous le savez aussi, le retrait ne concerne jamais, en droit international, les affaires pendantes devant une juridiction internationale.
C’est le cas de la Cour Africaine, dont la jurisprudence est constante et très claire à ce sujet, elle l’a d’ailleurs dit concernant la Côte d’Ivoire dans sa décision du 15 juillet 2020 sur la CEI et réitérée dans celle du 15 septembre me concernant au paragraphe 19, que le retrait de la Déclaration par l’État de Côte d’Ivoire, « n’a pas d’effet rétroactif, n’a aucune incidence sur les affaires en instance devant elle et ne prend effet le 30 avril 2021 ».
Ces décisions s’imposent, car la Côte d’Ivoire l’a souhaité, en ratifiant la Charte Africaine des Droits de l’Homme et ses différents protocoles.
La Côte d’Ivoire l’a tellement souhaité, qu’elle l’a inscrit en préambule de la Constitution du 08 novembre 2016, qui s’ouvre par une référence claire à la Charte Africaine. Elle reconnaît donc la primauté des décisions de cette juridiction supranationale sur les juridictions nationales.
Dans cette perspective, ma réintégration dans la liste électorale est obligatoire. Et ce n’est pas juste une simple proclamation de ma part, c’est le droit positif ivoirien qui le commande.
En effet, il existe la jurisprudence Yao Paul N’DRE qui, souvenez-vous, en 2010 après avoir déclaré M. Laurent Gbagbo vainqueur, a rendu en second lieu une décision du Conseil Constitutionnel en 2011 dont je vous remets copie, en se fondant sur un communiqué du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine, pour déclarer M. Alassane Ouattara vainqueur de l’élection présidentielle.
En d’autres termes, le Conseil Constitutionnel actuel doit, en s’inclinant devant la décision de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, se fonder sur une décision de justice plus forte et plus contraignante pour reconnaître ma citoyenneté non seulement en m’inscrivant sur la liste électorale mais aussi en me rendant éligible à la prochaine élection présidentielle.
En déclarant M. Alassane Ouattara éligible alors que l’article 55 de la Constitution est très clair : « Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Il n’est rééligible qu’une fois. », les Sages du Conseil Constitutionnel ont manqué d’imagination, ou sont de très mauvais juristes.
Ils ont servilement obéi au Pouvoir exécutif, sans même habiller, par pudeur, leur forfaiture des habits du droit.
Ils ont porté le déshonneur sur leur institution, censée être la Gardienne du droit et de la Constitution.
Ils ont donné leur aval au Coup d’État Constitutionnel que prépare M. Alassane Ouattara.
***
Le Président Ouattara m’a exclu de la liste électorale, de la liste des candidats, et de mon Pays.
Il sait pourtant quelle est la souffrance que subi celui qui est injustement exilé de sa terre natale, empêché d’user de son droit le plus élémentaire, celui de participer aux affaires publiques de son pays et injustement écarté d’une élection.
Il l’a lui-même vécu.
Rappelez-vous lorsque sa candidature était écartée pour « nationalité
douteuse ». Rappelez-vous son exil en France.
Vous connaissez sûrement la phrase de Karl Marx : « l’histoire se répète toujours deux fois, d’abord comme une tragédie, ensuite comme une farce ».
Il y’a comme une impression de déjà vécu dans l’Histoire que je subis aujourd’hui.
Mais mieux que Marx, c’est un vers de Victor Hugo qui résume parfaitement l’état d’esprit de M. Alassane Ouattara : « opprimé hier, oppresseur demain ».
***
Alors que faire, face au Despote qui a abattu tous les garde-fous institutionnels de mon pays ?
Maintenir cette élection du 31 octobre 2020 n’a aucun sens. C’est une évidence.
De même participer à cette élection serait cautionner le coup d’État civil de M. Ouattara.
J’en appelle donc à une unité d’action de l’opposition pour stopper M. Ouattara dans sa folle aventure, par tous les moyens légaux et légitimes.
Je demande aux candidats retenus ou non, spécifiquement au Président BEDIE, au Président GBAGBO, au premier Ministre AFFI, au ministre MABRI, au ministre AMON Tanoh de prendre ensemble nos responsabilités et de faire bloc. Il s’agira, tous ensemble, de saisir la
CEDEAO, l’Union Africaine, l’Union Européenne, l’ONU en vue d’obtenir des élections démocratiques, transparentes et inclusives comme en 2010 sans préjudice.
Ensemble nous devons organiser la mobilisation de tout le Peuple ivoirien depuis la campagne, les hameaux, les villages et les villes pour faire barrage au troisième mandat inconstitutionnel et interdit de M. Ouattara.
Pour ma part, je demande :
-La libération immédiate de mes proches ;
-La dissolution de la CEI actuelle et la mise en place d’une nouvelle, conformément à la décision de la Cour Africaine du 15 juillet 2020 ;
-La mise en place d’un Conseil Constitutionnel non inféodé au pouvoir ;
-Un audit international de la liste électoral ;
-Enfin la présence d’observateurs internationaux pour contrôler la
régularité du vote.
***
Ne nous voilons pas la face : c’est une mascarade qui se prépare, pour légitimer le troisième sacre du Président Ouattara et sacrifier le Peuple ivoirien sur l’Autel des ambitions d’un homme.
Nous ne saurons être les pantins de cette comédie burlesque.
Le Président Ouattara pourra alors concourir seul, à une élection courue d’avance, et atteindra alors son ultime dessein : anéantir la démocratie au profit de son pouvoir personnel.
Mais, je peux vous l’assurer, le Peuple ivoirien ne l’acceptera pas et la victoire sera la nôtre.
Nous reviendrons de cette épreuve, rassemblés.
***
Mesdames et Messieurs les Journalistes, Chers Invités,
L’heure est grave pour mon pays. Ouattara veut imposer une autre crise électorale à la Côte d’Ivoire, après celle de 2010. Il est déterminé. Nous aussi.
Mais tôt ou tard, notre victoire viendra et, je vous en fais la promesse, cette victoire sera celle des Ivoiriens, de la démocratie et de l’État de droit.
Il sera comptable de ses manigances, et sera perçu, comme celui qui a assassiné la démocratie.
Et si aujourd’hui, il dit ne pas craindre le Peuple de Côte d’Ivoire, je vous promets que demain, il devra se soumettre à sa volonté.

Je vous remercie. »

Comments

comments

Continuer la lecture
Cliquer pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
22 ⁄ 1 =


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

Education

[NOTRE SÉRIE : ELLES ONT RÉSISTÉ] Épisode 2 — Sarraounia Mangou La reine-prêtresse qui barra la route à la colonne Voulet-Chanoine

Publié

activé

Sarraounia Mangou La reine-prêtresse qui barra la route à la colonne Voulet-Chanoine

Lougou, 1899.

Une colonne armée avance à travers l’actuel Niger.

À sa tête, deux officiers français : Paul Voulet et Julien Chanoine.

Leur objectif est de rejoindre le lac Tchad et de participer à la jonction des possessions françaises d’Afrique occidentale et d’Afrique centrale.

Mais leur marche laisse derrière elle des villages attaqués, des populations tuées et une réputation de terreur.

Puis la colonne arrive aux portes d’un territoire qui refuse de s’effacer devant elle.

Lougou.

Ici, le pouvoir spirituel porte depuis des générations un titre : Saraounia.

Et celle qui l’incarne alors s’appelle Mangou.

Elle aurait pu abandonner son territoire.

Elle choisit de résister.

Avant Mangou, il y avait les Saraounia

Pour comprendre Sarraounia Mangou, il faut d’abord entrer dans l’histoire de Lougou telle qu’elle est transmise par les populations de l’Arewa.

Car Sarraounia n’est pas simplement un prénom. C’est un titre.

La tradition de Lougou raconte une très ancienne lignée de souveraines. Selon cette mémoire, la première Saraounia était la fille unique du roi de Daoura, l’un des anciens centres du monde haoussa. Écartée du trône par ses oncles paternels, elle quitta Daoura et, après plusieurs étapes, vint s’établir à Lougou.

De cette histoire naît une institution qui traversera les générations.

La tradition parle de quinze Saraounia ayant régné à Lougou. Parmi les noms transmis figurent Yarkasa, Dafada, Gouzouri, Lalma, Dafaya, Annaou…

Puis vient Mangou.

La Saraounia n’est pas seulement une autorité politique.

Elle est aussi reine-prêtresse et guide spirituelle de sa communauté. Cette articulation entre pouvoir féminin et pouvoir religieux constitue l’un des traits majeurs de la culture traditionnelle de l’Arewa.

Et au cœur de cette institution se trouve une pierre.

Tunguma, la pierre de vérité et de justice

Elle s’appelle Tunguma.

Selon la tradition, c’est cette pierre sacrée qui guida la première Saraounia depuis Daoura jusqu’à Lougou.

Elle est associée à la justice, à la vérité et à la vie spirituelle de la communauté.

Et elle n’appartient pas seulement au passé.

L’UNESCO relève que Tunguma continue d’occuper une place dans les pratiques traditionnelles de Lougou. Le site rassemble également les lieux de cultes azna, le cimetière des reines Saraounia et la demeure de la Saraounia.

La transmission du pouvoir elle-même est entourée d’un rituel remarquable.

À la mort d’une Saraounia, les femmes susceptibles de lui succéder sont réunies. Selon la tradition rapportée à l’UNESCO, le corps de la souveraine défunte participe rituellement à la désignation de sa successeure ainsi qu’à celle de l’emplacement de sa propre tombe.

C’est donc à la tête d’une institution politique, religieuse et culturelle profondément enracinée que se trouve Mangou lorsque survient, en 1899, la colonne française.

1899 : la colonne arrive

Voulet et Chanoine ne commandent pas uniquement quelques officiers européens.

Comme beaucoup de forces de conquête coloniale, leur colonne comprend également de nombreux soldats africains recrutés dans des territoires déjà placés sous domination française. Elle possède surtout un avantage déterminant face aux combattants de Lougou : des armes à feu et un canon.

Face à eux, les guerriers appelés à défendre Lougou disposent notamment d’arcs et de flèches.

Le rapport de forces paraît écrasant.

Mais Mangou refuse de se soumettre.

La mémoire de l’Arewa conserve ainsi le souvenir des combattants rassemblés par la Saraounia pour défendre Lougou contre la progression de la colonne.

La bataille commence.

Lougou brûle

Les combattants de Lougou affrontent la colonne.

Ils ne disposent ni de son artillerie ni de sa puissance de feu.

Le combat est inégal.

Les armes françaises finissent par ouvrir la voie.

Lougou est incendié.

Sa population est dispersée.

Mais la prise du village n’efface pas ce qui vient de se produire : une autorité africaine a refusé le passage et opposé une résistance armée à l’avancée coloniale.

Plus d’un siècle plus tard, le lieu de cette confrontation existe toujours.

L’UNESCO identifie à Lougou le site de la bataille contre la colonne Voulet-Chanoine et indique que le terrain conserve des ossements humains ainsi que des emplacements marqués par des pierres.

Le paysage est devenu archive.

Mais à Lougou, l’histoire ne s’est pas seulement conservée dans le sol.

Elle s’est conservée dans la parole.

Quand la parole devient mémoire

Pendant des générations, l’histoire de Sarraounia Mangou a été racontée.

Dans les familles.

Dans les récits.

Dans les chants.

Dans la mémoire de l’Arewa.

C’est une dimension fondamentale de son histoire.

Car dans de nombreuses sociétés africaines, la transmission du passé n’a jamais reposé exclusivement sur l’écriture. La parole, les récits généalogiques, les chants, les cérémonies et les lieux sacrés participent eux aussi à la conservation de la mémoire collective.

Sarraounia est ainsi devenue une héroïne majeure de la littérature orale nigérienne, liée aux récits fondateurs de Lougou. Sa mémoire a ensuite circulé dans l’école, la radio, la télévision, les chants et les représentations culturelles.

Ainsi, bien avant que son histoire ne devienne un roman ou un film, Lougou se souvenait déjà de sa Saraounia.

Puis vint Abdoulaye Mamani

En 1980, l’écrivain nigérien Abdoulaye Mamani publie Sarraounia.

Il ne part pas de rien.

Son œuvre puise notamment dans les récits oraux de la région de Lougou, auxquels viennent s’ajouter des matériaux écrits et une démarche littéraire et politique propre à l’auteur.

Mangou quitte alors davantage encore la mémoire locale pour entrer dans l’imaginaire panafricain.

Puis vient le cinéma.

En 1986, le réalisateur mauritanien Med Hondo adapte le roman.

À l’écran, Sarraounia devient cette reine africaine qui refuse de courber l’échine devant la conquête.

Le récit voyage.

Du Niger à l’Afrique.

De l’Afrique au monde.

Mais son point de départ reste le même :

Lougou.

Ils avaient le canon. Lougou avait sa mémoire.

Militairement, la colonne française poursuit sa route.

Mais l’histoire réserve un étrange retournement à ses chefs.

La mission Voulet-Chanoine devient bientôt un scandale jusque dans l’appareil colonial français en raison des violences commises pendant son parcours.

Une mission est envoyée pour reprendre le contrôle de la colonne.

Voulet refuse d’obéir.

La confrontation éclate.

Et quelques semaines après avoir traversé Lougou, Voulet et Chanoine meurent à leur tour, victimes de la désagrégation de leur propre expédition.

La colonne poursuit son chemin sous un autre commandement.

Sarraounia, elle, entre dans la mémoire.

Plus d’un siècle après, Lougou n’a pas oublié

Il existe aujourd’hui quelque chose de particulièrement puissant dans cette histoire.

On peut encore se rendre à Lougou.

On y trouve Tunguma.

Le cimetière des Saraounia.

Les lieux de culte azna.

Le champ de bataille de 1899.

Et l’institution de la Saraounia a traversé les générations.

En 2005, les femmes de l’Arewa se sont même mobilisées autour de Lougou pour défendre ce patrimoine. Quelques années auparavant, des femmes avaient entrepris une marche de 333 kilomètres de Lougou à Niamey afin d’alerter sur la sauvegarde du site et de manifester leur volonté de préserver cet héritage.

La résistance de Mangou n’appartient donc pas seulement à 1899.

Elle est devenue une mémoire transmise.

Une référence.

Un symbole.

Pourquoi raconter Sarraounia Mangou aujourd’hui ?

Parce que son histoire nous oblige à regarder la conquête coloniale autrement.

Les puissances européennes n’avançaient pas dans des territoires sans histoire, sans organisation politique, sans spiritualité et sans conception de la souveraineté.

À Lougou existait une institution ancienne.

Une autorité.

Une mémoire.

Une culture.

Et cette autorité était incarnée par une femme.

Sarraounia Mangou.

Face au canon, elle opposa la résistance de son peuple.

Face à l’incendie de Lougou, les générations suivantes opposèrent la mémoire.

Face au temps, la tradition orale conserva son nom.

C’est peut-être là sa plus grande victoire.

Plus d’un siècle après le passage de Voulet et Chanoine, nous prononçons encore le nom de la femme qui leur barra la route.

Sarraounia Mangou.

Parce qu’elle a résisté.

Notre série : ELLES ONT RÉSISTÉ
Une héroïne. Une histoire. Chaque semaine.

Leadernewsci — Informer pour former

Comments

comments

Continuer la lecture

Citoyenneté

[Notre Série] Elles ont résisté – Épisode 1: Ndaté Yalla Mbodj, la reine qui refusa de céder le Waalo

Publié

activé

Héroïnes africaines de la résistance - [Épisode 1] : Ndaté Yalla Mbodj, la reine qui refusa de céder le Waalo

Sénégal, février 1855.

Depuis Saint-Louis, une colonne militaire française se met en marche vers le royaume du Waalo.

À sa tête : Louis Faidherbe, gouverneur du Sénégal.

Son objectif dépasse désormais le commerce. La France veut imposer son autorité sur ce territoire stratégique situé autour du bas fleuve Sénégal.

Mais sur sa route se trouve une souveraine qui, depuis plusieurs années, refuse de reconnaître aux Français le droit de décider à sa place.

Son nom est Ndaté Yalla Mbodj.

Elle sait que l’adversaire dispose d’une puissance militaire supérieure.

Elle sait aussi ce qu’une défaite peut signifier.

Pourtant, elle refuse de céder.

Car derrière cette confrontation se pose une question d’une étonnante modernité :

Qui a le droit de décider de ce qui se passe sur une terre : ceux qui y règnent ou une puissance étrangère qui estime y avoir des intérêts ?

Avant la colonie, il y avait un royaume

Pour comprendre Ndaté Yalla, il faut d’abord oublier un instant les cartes coloniales qui ont façonné notre représentation de l’Afrique.

Le Sénégal tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existe pas encore.

Dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest coexistent plusieurs États et royaumes, parmi lesquels le Cayor, le Djolof, le Fouta et le Waalo.

Le Waalo occupe une position particulièrement stratégique : il contrôle une partie de la région située autour du fleuve Sénégal, à proximité immédiate de Saint-Louis, où la France est implantée.

Cette proximité nourrit le commerce.

Mais progressivement, elle nourrit aussi les ambitions françaises.

Ndaté Yalla appartient à la dynastie dirigeante du Waalo. Après la mort de sa sœur aînée, Ndieumbeutt Mbodj, elle lui succède et est officiellement intronisée à Nder, capitale du royaume, en octobre 1846.

Elle porte le titre de Linguère.

Mais il ne faut pas imaginer une reine simplement cérémonielle.

Ndaté Yalla intervient dans les affaires politiques, territoriales et commerciales de son royaume.

Et les Français vont rapidement le découvrir.

1847 : l’affaire des bœufs

L’un des premiers affrontements documentés pourrait presque sembler banal.

Une affaire de bétail.

Des commerçants soninkés acheminent des bœufs vers Saint-Louis. Les autorités françaises contestent les prélèvements et droits imposés par le Waalo sur leur passage.

Pour les Français, il s’agit notamment de garantir la circulation commerciale vers Saint-Louis.

Pour Ndaté Yalla, le problème est tout autre.

Les marchandises traversent son royaume.

Elle considère donc que les règles applicables sur ce territoire relèvent de son autorité.

Le différend prend une telle importance que la reine répond directement au gouverneur français.

Dans une lettre du 18 juin 1847 conservée aux Archives nationales du Sénégal, elle rappelle en substance un principe simple : Saint-Louis relève du gouverneur français, les autres royaumes ont leurs souverains, et le Waalo possède lui aussi son autorité politique.

Ce n’est pas seulement une querelle commerciale.

C’est une affirmation de souveraineté.

« Cette terre m’appartient »

Les tensions ne disparaissent pas.

Au contraire.

Les Français cherchent à consolider leur présence autour du fleuve. Des terres deviennent à leur tour sources de conflit.

En 1851, Ndaté Yalla proteste notamment contre l’installation française sur des territoires qu’elle considère appartenir au Waalo.

Dans ses correspondances avec l’administration de Saint-Louis, elle revendique son autorité sur l’île de Boyo et conteste l’occupation de terres sans son consentement.

La logique de son argument est constante :

commercer avec le Waalo ne signifie pas gouverner le Waalo.

Pendant plusieurs années, elle utilise ainsi la diplomatie, les lettres, les pressions économiques et l’autorité politique pour tenter de contenir l’expansion française.

Mais en 1854, un homme arrive à la tête de l’administration française du Sénégal.

Louis Faidherbe.

Avec lui, la confrontation change de dimension.

1855 : la diplomatie cède la place aux armes

Faidherbe veut renforcer la domination française dans la région.

Le Waalo, situé aux portes de Saint-Louis et dirigé par une souveraine refusant les prétentions françaises, constitue un obstacle.

En février 1855, les forces françaises pénètrent dans le royaume.

La guerre est désormais ouverte.

Le 25 février, sur la plaine de Dioubouldou, les forces du Waalo et leurs alliés affrontent la colonne française.

L’écart technologique et militaire pèse lourd.

Les forces de Ndaté Yalla sont battues.

Les Français avancent ensuite jusqu’à Nder.

La capitale du Waalo est prise et incendiée, ainsi que plusieurs villages.

La conquête militaire vient de réaliser ce que plusieurs années de pressions politiques n’avaient pas obtenu.

Le Waalo perd son indépendance.

Une défaite militaire, pas une soumission

C’est ici que l’histoire de Ndaté Yalla prend toute sa force.

Elle n’a pas gagné la guerre.

Mais la résistance ne se mesure pas uniquement au résultat final d’une bataille.

Pendant près d’une décennie de règne, elle a contesté l’idée selon laquelle la présence commerciale française donnait à la France un droit politique sur son territoire.

Elle a négocié.

Elle a protesté.

Elle a revendiqué ses frontières.

Elle a défendu ses prérogatives.

Et lorsque la confrontation militaire est devenue inévitable, elle a résisté.

Après la défaite, Ndaté Yalla quitte le Waalo et trouve refuge au Cayor.

Elle meurt en 1860.

Mais l’histoire ne s’arrête pas complètement avec elle.

Son fils, Sidya Ndaté Yalla Diop, deviendra à son tour une figure de la résistance à la domination française.

Pourquoi raconter Ndaté Yalla aujourd’hui ?

Parce que son histoire bouscule une représentation encore tenace de la colonisation africaine.

Celle d’une Afrique qui aurait simplement été découverte, administrée puis colonisée par des puissances européennes.

Lorsque les Français avancent vers le Waalo, ils ne pénètrent pas dans un vide politique.

Ils entrent dans un royaume.

Ce royaume possède ses institutions, ses règles, ses autorités et ses intérêts.

Et à sa tête se trouve une femme capable d’écrire au représentant d’une puissance européenne pour lui rappeler une chose fondamentale :

vous avez votre territoire ; nous avons le nôtre.

Ndaté Yalla n’était pas seulement une femme courageuse opposée à une armée étrangère.

Elle était une souveraine défendant la souveraineté de son État.

Elle fut vaincue militairement.

Mais près de deux siècles plus tard, son combat nous rappelle que la conquête coloniale de l’Afrique ne fut ni naturelle, ni consentie, ni accomplie sans résistance.

Et c’est peut-être cela que l’Histoire a trop souvent laissé dans l’ombre.

« Héroïnes africaines de la résistance est une série consacrée aux femmes d’Afrique et de sa diaspora dont les combats contre l’esclavage, la traite et la domination coloniale ont été oubliés, minimisés ou insuffisamment racontés. »

Une héroïne. Une histoire. Chaque semaine.

Leadernewsci, informer pour former

Comments

comments

Continuer la lecture

Internationale

ZOA: Média panafricain ou paris-africain?

Publié

activé

ZOA: Média panafricain ou paris-africain?

La France ne se lasse jamais de vouloir parler au nom de l’Afrique. Après avoir perdu du terrain politique et diplomatique, et face au rejet croissant de ses médias traditionnels comme RFI et France 24, voici qu’elle revient avec un nouvel outil de communication : ZOA, un média qu’elle ose qualifier de « panafricain, par et pour les jeunes Africains ».

Cette initiative, loin d’être anodine, révèle trois réalités : l’illégitimité, la condescendance et les incohérences de la démarche française.

Une appropriation illégitime du panafricanisme

Le terme panafricain n’est pas une étiquette marketing. C’est un combat, une idéologie née dans la douleur des luttes contre l’esclavage, la colonisation et le néocolonialisme. Il a porté les voix de Nkrumah, Sankara, Lumumba, Kadhafi et de tant d’autres figures qui ont rêvé d’une Afrique unie et souveraine.

Que la France, ancienne puissance coloniale, ose aujourd’hui brandir ce mot pour vendre son projet ZOA est une provocation historique. Car n’est-ce pas cette même France qui, en 2011, a été l’un des acteurs majeurs de la chute et de l’assassinat de Mouammar Kadhafi, dont les ambitions panafricaines effrayaient l’Occident ?

Comment peut-elle, après avoir contribué à détruire l’un des projets d’unité africaine les plus concrets de notre époque, prétendre aujourd’hui défendre un média « panafricain » ?

La condescendance éternelle

ZOA illustre une fois de plus le réflexe paternaliste français : dicter à l’Afrique ce qu’elle doit penser, comment elle doit s’informer et à travers quels canaux elle doit s’exprimer.

Présenter ZOA comme un média « par les jeunes Africains » quand il est financé et piloté en arrière-plan par l’État français est une insulte à l’intelligence de cette jeunesse africaine qui réclame avant tout autonomie et souveraineté.

Cette démarche trahit une profonde condescendance : celle d’un pays qui se croit encore indispensable à l’Afrique, alors même que les peuples africains réclament haut et fort de parler pour eux-mêmes.

Une stratégie désespérée face à la perte de crédibilité

En réalité, ZOA n’est qu’un pansement sur une hémorragie. Face au discrédit total de France 24 et RFI, accusés d’être des relais de propagande française et bannis dans plusieurs pays africains, Paris tente une opération de camouflage.

Changer le nom, cibler les jeunes et jouer la carte du numérique n’effacera pas la vérité : il s’agit toujours d’un instrument d’influence, d’un prolongement de la diplomatie française.

ZOA ne cherche pas à renforcer le panafricanisme, mais à le vider de son sens, à en proposer une version édulcorée et inoffensive pour neutraliser le véritable mouvement panafricaniste qui gagne du terrain partout sur le continent.

Un sabotage maquillé en innovation

ZOA n’est pas un média panafricain. C’est une tentative de sabotage idéologique, une manœuvre désespérée pour détourner la jeunesse africaine de ses vraies luttes.

Le panafricanisme ne se décrète pas depuis Paris. Il ne se construit pas avec l’argent ni les intentions d’un État qui a toujours défendu ses intérêts au détriment de l’Afrique.

La jeunesse africaine n’a pas besoin de ZOA. Elle a besoin de ses propres voix, ses propres plateformes et sa propre narration, indépendante de toute tutelle coloniale ou néocoloniale.

En un mot, ZOA n’est pas la voix des Africains, c’est l écho d’une françafrique agonisante qui refuse de mourir.

Herve Christ

Comments

comments

Continuer la lecture

Abonnez-vous à notre newsletter

Publicité

Sponsorisée

Facebook

Publicité Enter ad code here
Publicité

Tendances